« Les centres de détention libyens sont, par définition, des camps de concentration »
David Yambio, fondateur de Refugees in Libya se dit « hanté » par le silence des Européens après que les députés européens ont adopté le règlement « Retour ». Il explique qu’en Libye, les politiques de l’Union européenne retiennent des milliers de personnes prisonnières et les condamnent à mort.

© Felix Weiß
Avec l’entrée en vigueur du pacte sur la migration et l’asile et l’adoption du règlement « Retour », l’Union européenne renforce son arsenal répressif contre les personnes exilées. Ce dernier texte prévoit notamment la création de dénommés « hubs de retour » dans des pays hors Union européenne, où pourront être expulsées de force les personnes, enfants compris, qui ne peuvent être renvoyées dans leur pays d’origine. David Yambio, fondateur de Refugees In Libya, association communautaire défendant le droit des migrants en Libye, revient sur cette séquence politique. Il rappelle que l’externalisation de la gestion des frontières, telle qu’elle a déjà lieu en Libye, mène à des enfermements massifs et à des traitements s’apparentant à des crimes contre l’humanité.
Comment avez-vous perçu la réaction de la population en Union européenne face à l’adoption du règlement « Retour » et au pacte sur la migration et l'asile ?
Nous attendions de toute la population qu'elle se lève pour dire non.
David Yambio : La réaction de la société n’a pas été à la hauteur. Ces politiques visent à exclure les personnes exilées de la société, de la vie, et à les condamner à un système de ségrégation extrême. Il est de notre responsabilité, en tant que citoyens de ce pays, de nous unir et de dire d'une seule voix : « Non, c'est injuste, cela ne doit pas arriver. » Or, en Europe, jusqu'à présent, la réaction s'est limitée à quelques déclarations d'ONG et d'acteurs de la société civile. Nous attendions de toute la population qu'elle se lève pour dire non.
Avez-vous été entendu par les responsables politiques européens lors des discussions autour de ces textes ?
Absolument pas. C'est là que réside le problème : les responsables politiques européens, notamment ceux qui s'impliquent dans ces politiques, ne nous écoutent pas, ne nous invitent pas et ne nous incluent dans aucune démarche. Or, c’est nous qui en subissons les conséquences directes, car ce sont nos proches et nous qui peuvent être déportés ensuite. Aucun réfugié afghan n’a participé aux négociations. En revanche, la commission européenne donne une légitimité aux talibans en les accueillant pour pouvoir expulser les Afghans.
Quant à la gauche européenne, ce sont nos alliés. Mais ils doivent se faire davantage entendre sur ces sujets et mobiliser davantage. Tant que ces partis n’arrivent pas à faire comprendre clairement à la société ce qui se passe actuellement, nous n’avancerons pas. On constate aujourd'hui que les gens se résignent. Il y a du bruit sur les réseaux sociaux, et c'est tout. Il faudrait coordonner des manifestations d'envergure pour protester contre ces lois dans les rues ou sur les lieux de travail.
Comment avez-vous réagi en voyant les députés européens applaudir le vote sur le règlement « Retour », en scandant « Renvoyez-les ! » ?
J’ai ressenti un profond dégoût. Ils se sont félicités de pouvoir expulser des êtres humains dont la vie a été détruite dans leur pays d'origine à cause du colonialisme et qui, arrivés ici, sont harcelés par la police. Le silence des Européens face à cela me hante encore aujourd'hui. L’Europe a des responsabilités énormes dans l’insécurité politique et économique en Afrique, que ce soit dans le génocide perpétré au Soudan dans la région du Darfour, ou dans tous ces pays africains où l'Europe exploite toutes les ressources naturelles au nom de prétendus partenariats économiques.
En réalité, les bénéfices de ces partenariats profitent à des entreprises et des institutions qui ont accaparé le pouvoir dans ces pays africains, sans vouloir le partager avec leurs citoyens ni leur redistribuer leurs
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