En Occitanie, tisser du fil et de l’humain

Créée fin 2018, la Scic Virgocoop a relancé localement la filière textile par la culture du chanvre. Une initiative enthousiasmante mais qui doit améliorer les conditions de paiement des agriculteurs et l’accessibilité des produits finaux.

Élisa Centis  • 30 avril 2025 abonné·es
En Occitanie, tisser du fil et de l’humain
Julien Bonnet et deux agriculteurs partenaires sur une parcelle de chanvre du Tarn, en juillet 2023.
© Virgocoop

En dehors des quelques voitures qui traversent le village, tout est calme à Caylus, ce mercredi matin d’avril. Beaucoup d’habitants de cette commune de 1 470 habitants dans le Tarn-et-Garonne sont partis travailler depuis longtemps. « Certains vont à Montauban, à 50 minutes, d’autres à Villefranche-de-Rouergue, à 30 minutes, et d’autres encore vont même à Toulouse, à 1 h 15 », égrène un habitué du Lagardère, un café-restaurant sur la place de la Halle.

Comme d’autres bourgs de cette partie des gorges de l’Aveyron, Caylus tend à ressembler à un village dortoir qui s’anime l’été avec les touristes. Mais la campagne est-elle condamnée à ne servir que de lieu de villégiature et à rester éloignée des grands flux économiques et industriels ? C’est cette question que se sont posée quatre amis, habitant le Lot, avant de décider de fonder Virgocoop, dont l’un des sites se trouve à Caylus.

Cette société coopérative d’intérêt collectif (Scic) de plus de 400 sociétaires produit des fibres, des fils et des tissus à partir de chanvre ou de laine provenant uniquement d’Occitanie. Lorsque ces quatre Lotois ont commencé à s’intéresser au chanvre, ils se sont « aperçus qu’historiquement une grande majorité des villages d’ici avaient des parcelles dédiées à cette culture pour les besoins du textile localement », rappelle Johann Vacandare, un des cofondateurs, désormais directeur général de la coopérative, également investi dans le développement du réseau Enercoop.

Les quatre amis – Clémence Urvoy, Mathieu Thiberville, Mathieu Ebbesen-Goudin et Johann Vacandare – arrivent à la conclusion que cette culture présente deux avantages. D’abord, elle permet de proposer une alternative locale et écologique à l’industrie du textile. Un secteur aujourd’hui largement fondé sur l’exploitation de travailleurs, majoritairement en Asie, et sur celle de la planète, avec la fabrication de tissus synthétiques issus de la pétrochimie. Ensuite, elle peut, pour des agriculteurs cherchant à diversifier leurs productions, devenir une activité complémentaire.

Un

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)

Pour aller plus loin…

Minute de silence pour Quentin Deranque : « Une ligne rouge a été franchie »
Polémique 25 février 2026 abonné·es

Minute de silence pour Quentin Deranque : « Une ligne rouge a été franchie »

Offusqué·es par la minute de silence observée à l’Assemblée nationale pour Quentin Deranque, y compris à gauche, plusieurs citoyen·nes ont écrit à leur député·e pour l’interpeller.
Par Pauline Migevant
Antifascisme : quand la gauche doute de son combat historique
Analyse 25 février 2026

Antifascisme : quand la gauche doute de son combat historique

Face à la tentation de renvoyer dos à dos « les extrêmes », aux fractures internes et aux ambiguïtés stratégiques, une question traverse le débat public : en brouillant les repères de son combat historique contre l’extrême droite, la gauche ne risque-t-elle pas de s’égarer elle-même ?
Par Pierre Jacquemain
Municipales 2026 : à Cayenne, l’enjeu sécuritaire dépasse la campagne
Reportage 24 février 2026 abonné·es

Municipales 2026 : à Cayenne, l’enjeu sécuritaire dépasse la campagne

Alors que la campagne des élections municipales débute officiellement dans quelques jours, le thème de la sécurité s’impose comme l’une des priorités des Cayennais. Neuf ans après le mouvement social historique de 2017, l’insécurité continue de structurer le débat public et de façonner les programmes des candidats.
Par Tristan Dereuddre
Au quartier pour mineurs de la prison de Metz, « sans liberté, on fait comme on peut »
Reportage 20 février 2026 abonné·es

Au quartier pour mineurs de la prison de Metz, « sans liberté, on fait comme on peut »

Au quartier pour mineurs du centre pénitentiaire de la ville de Moselle, si les surveillants sont en jogging et les jeunes ne sont plus envoyés au quartier disciplinaire, ces mesures n’ont pas fait disparaître le contrôle et l’isolement, intrinsèques à l’enfermement.
Par Pauline Migevant