Guyane : l’interminable attente des réfugiés haïtiens

À Cayenne, des ressortissants d’Haïti fuient l’effondrement de leur pays. Face à des délais de traitement de leur dossier démesurés, leurs demandes d’asile et leurs vies sont suspendues à une administration débordée.

Tristan Dereuddre  • 11 juin 2025 abonné·es
Guyane : l’interminable attente des réfugiés haïtiens
Médecins du monde mène des maraudes pour évaluer la situation sanitaire des habitants.
© Tristan Dereuddre

À Cayenne, le mont Baduel se dresse parmi les collines qui composent le paysage de l’agglomération. La dense végétation qui recouvre ses flancs est interrompue ici et là par de nombreuses plaques de tôle. Nichées entre les arbres, elles signalent la présence d’un vaste bidonville installé sur la colline, où vivent plusieurs centaines de personnes.

« Médecins du monde, bonjour ! » La voix d’une médiatrice s’élève devant une planche faisant office de porte. L’association humanitaire mène ici régulièrement des maraudes avec des cliniques mobiles, pour évaluer la situation sanitaire et sociale des habitants. Une action de porte-à-porte, menée à travers les allées du bidonville. « On essaie de toucher l’ensemble du quartier, maison par maison », explique Noémie Bléher, superviseuse santé de Médecins du monde en Guyane. Les échanges se font en créole haïtien, langue maternelle de la majorité des habitants du site.

Sur les hauteurs du bidonville, un chemin de terre traverse des ruines. Une machine à laver hors d’usage, un landau calciné et un amas de tôles rouillées sont les stigmates d’un incendie survenu il y a onze mois. Fin juillet 2024, les flammes ont ravagé près de 80 % du site, sans faire de victimes. Environ 1 500 personnes ont été sinistrées. Plus d’un millier ont été temporairement relogées dans des gymnases de Cayenne, pris en charge par les services de l’État, les pompiers et les collectivités locales. Depuis, un grand nombre d’entre elles sont revenues, faute d’alternative.

Installé sur un terrain privé, sans statut légal ni accès aux services de base, le squat de Baduel est devenu l’un des symboles de la crise migratoire qui secoue la Guyane. Une crise marquée par l’arrivée croissante de ressortissants haïtiens, fuyant l’insécurité et la violence qui ravagent leur pays.

20 000 personnes en attente de leur droit d'asile

La Guyane est le département français qui reçoit le plus de demandes d’asile après Paris. En 2024, elle a explosé : 8 703 demandes ont été introduites, selon l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra). À la fin de l’année, 20 000 personnes étaient en attente de leur droit d’asile, d’après les chiffres de la Structure de premier accueil des demandeurs d’asile (Spada). Entre 70 et 80 % d’entre elles sont issues de la communauté haïtienne.

[Ces gangs] extrêmement violents n’hésitent pas à exécuter les populations locales lors d’attaques de villages considérés comme “rivaux”.

Rapport de l'ONU

Cette augmentation des demandes est liée à la situation actuelle en Haïti. À Port-au-Prince, dans l’Artibonite ou le département de l’ouest, des groupes armés contrôlent des pans entiers du territoire. Un rapport de l’ONU de novembre 2023 documente la violence de ces groupes criminels : « [Ces gangs] extrêmement violents n’hésitent pas à exécuter les populations locales lors d’attaques de

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Société
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