Cinéma : « Le public est sans doute plus curieux que les professionnels »
Pauline Ginot, déléguée générale de l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion, et l’une de ses membres cinéastes, Pamela Varela, exposent ici les inégalités que cachent les bons résultats du cinéma en France.
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© Ecce Films
À l’heure où s’ouvre la 78e édition du festival de Cannes (du 13 au 24 mai), le discours ambiant loue la santé encourageante du cinéma en France. L’année 2024 a enregistré une hausse des entrées de près de 2 % par rapport à 2023, avec une part de marché pour le cinéma français culminant à 44,4 % contre 36,7 % pour les films américains – l’année 2025 commençant certes de façon un peu moins florissante. Mais de bons résultats globaux peuvent cacher des disparités de toutes natures.
Vigilante, l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion (Acid) s’emploie à les mettre au jour pour leur apporter des réponses, outre sa mission d’accompagner des films au moment de leur sortie. C’est pourquoi nous nous sommes adressé à Pauline Ginot, sa déléguée générale, et Pamela Varela, réalisatrice notamment du récent L’Échappée belle, l’une des quatorze cinéastes membres de l’association qui, cette année, ont effectué la désormais très attendue programmation de l’Acid à Cannes.
L’Acid soutient un certain nombre de films dans l’année et propose une programmation à Cannes. Pourriez-vous distinguer des caractéristiques communes à ces films ?
Pamela Varela : Oui et non. Nous n’avons pas de formule qui permettrait de distinguer les films Acid de ceux qui ne le sont pas. Des gens de l’extérieur pensent parfois que tel film est un film Acid. Or, nous-mêmes, nous ne le savons pas a priori. Nous-mêmes, c’est-à-dire les cinéastes qui participent aux débats sur les films. Nous sommes très divers quant à nos âges ou nos origines. Et nous faisons tous des cinémas très différents. Donc nos regards sur les films sont divers.
Pauline Ginot : Le fonctionnement de l’Acid détermine en grande partie le choix des films soutenus. À savoir que nous travaillons de façon horizontale et collective.
P. V. : Nous discutons beaucoup, nous avons des désaccords – et c’est très bien. Ce qui est sûr, c’est que nous sommes attentifs aux propositions singulières. Sentir la présence d’un auteur derrière un film est ce qui nous unit. Celui-ci peut ne pas être totalement parfait. Il peut ne pas correspondre à ce que l’on fait soi-même. Mais nous reconnaissons que quelqu’un tente quelque chose et possède une vraie personnalité. C’est ce cinéma de recherche qui nous intéresse.
Ces films ne sont-ils pas à peu près tous fragiles économiquement ?
P. G. : J’aime beaucoup le mot de Jane Roger, directrice de la société de distribution JHR films, qui dit : il n’y a pas de films fragiles, il y a des films fragilisés. Le premier long métrage de Justine Triet, La Bataille de Solférino (2013), n’est plus regardé comme un film fragile depuis qu’elle a obtenu la Palme d’or en 2023. Mais, à l’époque de sa sortie, il était fragilisé par les
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