« Ça se relit », épisode 5 : Elsa Faucillon et Gisèle Halimi

Cet été, Politis demande à de nombreuses femmes de gauche un discours à découvrir… ou redécouvrir. Pour ce cinquième épisode, la députée communiste des Hauts-de-Seine choisit de relire la plaidoirie de Gisèle Halimi lors du procès de Bobigny.

Elsa Faucillon  • 1 août 2025
Partager :
« Ça se relit », épisode 5 : Elsa Faucillon et Gisèle Halimi
Elsa Faucillon et Gisèle Halimi
© Politis / AFP Bertrand Guay / Marie-Lan Nguyen Wikipédia CC BY 2.5

En 1972, dans une salle d’audience, Gisèle Halimi ne plaide pas seulement pour défendre la mère d’une adolescente qui a aidé sa fille à avorter. Elle plaide pour toutes les femmes. Elle attaque une loi répressive, un système patriarcal, une hypocrisie sociale et transforme un procès en tribune politique.

Cette plaidoirie est un plaidoyer d’actualité, il nous rappelle que les droits des femmes, et notamment celui de disposer librement de leur corps, ont été conquis de haute lutte.

Ce que dit Halimi à Bobigny, avec une clarté et une force inouïes, c’est que les lois répressives ne sont jamais neutres : elles frappent d’abord les plus précaires. À l’époque, seules les femmes les plus aisées pouvaient se permettre d’avorter à l’étranger. Les autres, les jeunes, les pauvres, les isolées, risquaient leur vie ou la prison. Ce constat fait de l’avortement une question sociale autant que féministe. Et cette tension entre une lutte universelle pour les droits des femmes et la lutte pour des droits sociaux continue de traverser nos combats.

Sur le même sujet : Sarah Durocher : « Il y a une stratégie mondiale concernant l’attaque des droits sexuels et reproductifs »

Relire Halimi, c’est aussi mesurer la puissance collective qu’il faut pour faire bouger l’Histoire. Elle ne parle pas au nom d’elle seule, mais au nom de toutes. Elle ne parle pas depuis elle seule mais après tant d’autres. Toutes celles qui ont contribué au droit à l’avortement, toutes celles qui ont contribué à l’avancée des droits des femmes. Elle fait entendre les voix des silencieuses, des invisibles. Elle refuse la solitude imposée par le patriarcat aux femmes face à leurs choix et à leurs corps. Elle appelle à la solidarité.

La liberté d’avorter est désormais inscrite dans la Constitution en France. Dans d’autres pays, les droits des femmes reculent et l’offensive réactionnaire à l’échelle mondiale nous appelle à la plus grande vigilance ici, partout, ainsi qu’à la solidarité avec les femmes du monde. Les nationalistes s’organisent, et les droits des femmes trinquent vite, très vite. Mais le mouvement MeToo nous montre aussi la puissance d’un récit et d’une aspiration impatiente.

Relire la plaidoirie de Bobigny, c’est refuser l’amnésie, c’est se donner de la force. C’est rappeler que chaque avancée a été conquise. C’est refuser aussi que nos luttes soient réduites à des « sujets de société ». Parce qu’il s’agit de pouvoir, de domination, et donc de liberté. Et qu’il n’y a pas de démocratie digne de ce nom quand la moitié de l’humanité n’a pas la maîtrise de son propre corps.


La plaidoirie de Gisèle Halimi au tribunal de Bobigny, en 1972.
Cliquez ici pour télécharger le document au format PDF.

Recevez Politis chez vous chaque semaine !
Abonnez-vous
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Corse : journée des dupes à l’Assemblée
Parti pris 26 juin 2026

Corse : journée des dupes à l’Assemblée

L’Assemblée nationale a adopté le projet de loi constitutionnelle pour une Corse autonome au sein de la République. Il s’agissait, nous dit-on, de trancher sur une seule question : autonomie ou pas autonome ? Cette manière de présenter le problème est un leurre.
Par Roger Martelli
« Il n’a pas d’autre choix que de se saisir du sujet » : après le meurtre de Lyhanna, le gouvernement sommé d’agir
Analyse 23 juin 2026 abonné·es

« Il n’a pas d’autre choix que de se saisir du sujet » : après le meurtre de Lyhanna, le gouvernement sommé d’agir

Pour sortir de la crise, Sébastien Lecornu compte bien se nourrir d’une loi intégrale portée, depuis des mois, par plusieurs associations féministes, puis par une coalition transpartisane. Récupération ou prise de conscience ? Ses défenseurs veulent que le gouvernement passe des paroles aux actes.
Par Lucas Sarafian
« On ne gagne pas une élection présidentielle seulement sur les questions internationales »
Entretien 16 juin 2026 abonné·es

« On ne gagne pas une élection présidentielle seulement sur les questions internationales »

L’engagement de certains candidats sur les crises internationales peut-il devenir un atout électoral en 2027 ? Chercheur en science politique, Élie Michel décrypte les limites du poids de l’international dans la présidentielle à venir.
Par William Jean
La résilience, boussole pour le monde à venir
Inégalités 12 juin 2026 abonné·es

La résilience, boussole pour le monde à venir

Alors que les crises sociales, démocratiques et écologiques nourrissent partout le sentiment d’impuissance, des résistances citoyennes dessinent d’autres possibles. Cécile Duflot plaide pour faire de la résilience collective une force politique capable de combattre les inégalités, défendre l’État de droit et redonner espoir face aux replis nationalistes et aux logiques de renoncement.
Par Cécile Duflot