« Ça se relit », épisode 8 : Sandrine Rousseau et Hubertine Auclert

Cet été, Politis demande à de nombreuses femmes de gauche un discours à découvrir… ou redécouvrir. Pour ce huitième épisode, la députée écologiste de Paris Sandrine Rousseau lit la militante féministe Hubertine Auclert.

Sandrine Rousseau  • 1 août 2025
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« Ça se relit », épisode 8 : Sandrine Rousseau et Hubertine Auclert
Sandrine Rousseau et Hubertine Auclert
© Politis / DR / Domaine public

Hubertine Auclert est une suffragette française. Une féministe qui s’est battue pour le droit de vote des femmes. À Marseille, en 1879, au Congrès ouvrier socialiste de France, elle parle à la tribune. Ce discours courageux et, en bien des aspects, précurseur, est peu connu aujourd’hui. Pourtant il mérite de sortir de sa relative confidentialité. Elle y pose les jalons des luttes des femmes du XIXe siècle jusqu’à aujourd’hui.

Elle le débute en se présentant ainsi : « Je viens représenter à ce congrès deux sociétés : le droit des femmes et les travailleuses, coopérative féminine de vente et de production. » Depuis cette double position, elle interpelle sans ménagement l’assistance. Et c’est du petit-lait pour la féministe d’aujourd’hui que je suis. Elle enchaîne les punchlines, les questions qui dérangent et les revendications. À chaque phrase quasiment, un uppercut.

« Si vous prolétaires vous voulez aussi conserver vos privilèges, vos privilèges de sexe, Je vous le demande : quelle autorité avez-vous pour dénoncer les privilèges de classe ? » Les féministes des années 1970 avaient, elles aussi, un slogan génial : « Ouvriers de tous les pays, qui lave vos chaussettes ? » En cela, les féministes au cours des siècles ont interrogé et bousculé l’ordre de genre, au-delà de l’ordre social.

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Des débats agitent actuellement la gauche sur le fait de savoir si la question sociale ne serait pas première sur la dénonciation de l’ordre patriarcal. À toutes celles et ceux qui pensent qu’il ne faut pas embêter les ouvriers avec cette question ont ici une réponse, et laquelle !

Elle ajoute : « Nous, femmes, nous n’aiderons pas le despotisme à changer de main. Ce que nous voulons, ce n’est pas le déplacer, c’est tuer le privilège. » Elle poursuit sur la reconnaissance du travail domestique et sa rémunération. Elle réclame un salaire de la moitié de ce que serait payée une nurse pour chaque femme entretenue par son mari et maintenue à la sphère domestique.

Elle aspire au droit de vote, à la citoyenneté, à l’action politique pour toutes. Ce faisant, elle cherche à changer les codes de la politique. Elle parle de femmes créatrices et amies de l’humanité. Dans son discours, transperce cette idée si présente aujourd’hui : l’égalité n’est pas juste un droit, c’est une transformation en profondeur de la gouvernance de ce monde. Elle n’était pas écoféministe, elle aurait peut-être pu, elle a été, quoi qu’il en soit, une grande, une immense combattante. Et nous, nous avons toutes en nous quelque chose d’Hubertine Auclert.


Le discours d’Hubertine Auclert, 22 octobre 1879.
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