« Ça se relit », épisode 7 : Hella Kribi-Romdhane et Nicolas Sarkozy

Cet été, Politis demande à de nombreuses femmes de gauche un discours à découvrir… ou redécouvrir. Pour ce septième épisode, la coordinatrice nationale de Génération.s Hella Kribi-Romdhane lit l’ex-président Nicolas Sarkozy.

Hella Kribi-Romdhane  • 1 août 2025
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« Ça se relit », épisode 7 : Hella Kribi-Romdhane et Nicolas Sarkozy
Hella Kribi-Romdhane et Nicolas Sarkozy
© Politis / DR / Wikipédia CC BY 4.0

En 2007, Nicolas Sarkozy prononçait à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar un discours qui allait laisser une empreinte indélébile sur les relations franco-africaines et qui allait aussi me marquer profondément, moi, fille d’immigrés devenus Français, issus de deux anciens protectorats français en Afrique du nord que sont la Tunisie et le Maroc.

Rédigé par Henri Guaino, ce discours reflétait une vision essentialiste de l’Afrique, perpétuant des stéréotypes coloniaux. Aujourd’hui, en 2025, alors que la France tourne la page de sa présence militaire au Sénégal, relire ce discours est nécessaire pour comprendre les dynamiques postcoloniales qui continuent de façonner nos sociétés.

Le discours de Dakar est tristement célèbre pour sa phrase : « Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire. » Cette déclaration a suscité une vague d’indignations à travers le monde. Le discours de Dakar a marqué un tournant en banalisant un racisme d’atmosphère qui sévit encore aujourd’hui.

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En essentialisant les cultures et en niant les ravages du colonialisme, Guaino et Sarkozy ont ouvert la voie à une rhétorique et à des politiques qui marginalisent les populations africaines et leurs descendants. Ils ont aussi ouvert la voie à une obsession identitaire qui a conduit le gouvernement Valls, sous la présidence de François Hollande, à proposer la déchéance de nationalité au lendemain des attentats de 2015, marquant une rupture avec la tradition républicaine de la gauche.

La politique migratoire actuelle du ministre Retailleau s’inscrit dans cette continuité avec ses mesures restrictives et discriminatoires. En instaurant des quotas d’expulsion et en promouvant des lois qui limitent l’accès aux droits fondamentaux, en favorisant les contrôles au faciès, il perpétue une vision stigmatisante et sécuritaire de l’immigration. Une politique qui reflète une conception de la République qui exclut plutôt qu’elle n’intègre, et qui nie les contributions essentielles des exilés à notre pays.

En niant les ravages du colonialisme, ces politiques participent à une vision inégalitaire de la société, qui a des conséquences directes sur notre environnement social et entraîne la banalisation des discours racistes qui prospèrent tous les jours, dans l’impunité, jusque sur les plateaux de télévision.

En niant les ravages du colonialisme, ces politiques participent à une (…) banalisation des discours racistes.

À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, il est crucial de proposer une vision alternative à celle du gouvernement actuel. Cette alternative doit être portée par la gauche dans sa diversité : partis politiques, syndicats, ONG et associations. C’est ce que nous portons avec Génération.s.

La gauche doit être à l’avant-garde de la rupture avec ce modèle passéiste en proposant des politiques migratoires aussi pragmatiques que justes et humaines. Elle doit également porter une vision qui lie justice environnementale et justice sociale, en reconnaissant les responsabilités historiques de la France dans les inégalités mondiales.

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Face au désordre mondial marqué par des rapports Nord-Sud inégaux et par la résurgence d’une internationale fasciste avec l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite dans plusieurs pays, nous devons dénoncer les vestiges de la Françafrique et combattre les réflexes néocoloniaux qui persistent. Les massacres en Palestine nous rappellent douloureusement les conséquences du colonialisme et l’urgence de construire un monde plus juste.

L’heure est au réveil et à l’action ! La gauche doit s’engager résolument dans cette voie, en promouvant une politique étrangère fondée sur le respect des droits humains et la coopération équitable. Et pour imposer cette victoire politique, elle doit avancer rassemblée !

Relire le discours de Dakar en 2025, c’est se donner les moyens de comprendre les enjeux contemporains et de construire l’avenir. C’est reconnaître les erreurs du passé pour ne pas les répéter, et agir avec courage et détermination pour que les valeurs républicaines, écologistes et de solidarité soient inscrites dans l’action publique. La préparation de l’élection présidentielle de 2027 est une opportunité pour la gauche de proposer une alternative porteuse d’espoir pour un futur désirable.


Le discours de Nicolas Sarkozy à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, en 2007. Cliquez ici pour télécharger le document au format PDF.

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