Les citoyen·nes musulman·es en danger de rejet et d’exclusion

Entre injonctions à se justifier, suspicions généralisées et violences islamophobes croissantes, les musulman·es, souvent invisibilisé·es, vivent sous pression. Le rapport controversé sur les Frères musulmans n’a rien arrangé.

Kamélia Ouaïssa  • 27 mai 2025 abonné·es
Les citoyen·nes musulman·es en danger de rejet et d’exclusion
Manifestation contre l'islamophobie, novembre 2019
© UGO PADOVANI / HANS LUCAS / AFP

La direction nationale du renseignement territorial a constaté une hausse de 72 % des actes islamophobes entre janvier et mars 2025. Une statistique frappante, que juge le ministère de l’intérieur, « en dessous de la réalité car les victimes ne portent pas nécessairement plainte ». Parmi elles, Salomé, 22 ans, ancienne étudiante à Science Po et responsable en partenariat et financement, raconte s’être fait cracher dessus et traiter de « sale Arabe » parce qu’elle portait le voile : « Je suis convertie et d’apparence blanche, alors on m’arabise. »

Nawal, étudiante du même âge, évoque aussi un basculement : « Quand j’ai décidé de me voiler, les voisins ont arrêté de me saluer. » Ce sont surtout « les regards incessants » qui lui pèsent. La violence peut aussi prendre la forme de soupçons. Anas Daif, journaliste de 30 ans et auteur de l’essai Et un jour je suis devenu Arabe, raconte qu’au lendemain des attentats du 13 novembre 2015, alors qu’il règle sa consommation dans un café parisien, un caissier lui lance : « Vous avez une bombe dans votre sac ? » Deux jours plus tard, sa sœur est prise à partie par une camarade : « On lui a demandé si c’était son père ou son oncle qui était derrière les attentats. »

Et un jour je suis devenu arabe, Anais Daif (Tumulte éditions, novembre 2024)

Ces témoignages, Barbara M. en reçoit au quotidien. Théologienne spécialisée dans la lutte contre les discriminations et en théologie comparée, elle fonde, en 2017, Il était une foi, un média traitant de l’interreligieux. « On m’a relaté de plus en plus de situations d’agressions. Au départ c’était des regards, ensuite des insultes. » Les femmes sont sujettes à des attaques de plus en plus dangereuses, surtout lorsqu’elles sont facilement identifiables, c’est-à-dire lorsqu’elles portent un voile.

Dans son dernier rapport, l’association féministe et antiraciste Lallab constate que 81,5 % des violences islamophobes sont commises contre les femmes. Au-delà des agressions physiques et verbales, ces expériences laissent des traces profondes et invisibles. « Anxiété », « peur » : ces témoins font le constat d’un bien-être psychologique altéré.

On évite certains lieux, on s’éloigne s’il y a un doute.

Dalila*

Bilel, coach sportif, décrit une oppression quotidienne : « Je me sens oppressé dans ce climat. » Barbara M. elle-même partage cette insécurité de plus en plus diffuse : « C’est un état d’angoisse permanent. On sort faire les courses et on n’est même plus sûr de revenir. »

Dalila*, âgée de 55 ans et mère de quatre enfants, confie son inquiétude : « Chaque jour, je crains qu’il arrive quelque chose à mes enfants. » Son mari, Omar*, 60 ans, adapte désormais ses comportements en fonction de l’environnement : « On évite certains lieux, on s’éloigne s’il y a un doute. » Najoua, psychologue clinicienne, alerte sur l’impact psychologique que ces actes peuvent entraîner : « Les recherches montrent que vivre régulièrement des discriminations en raison de sa religion peut entraîner une grande souffrance psychologique », explique-t-elle, soulignant qu’il s’agit d’« une forme de violence systémique aux conséquences très lourdes sur la santé mentale des personnes musulmanes ».

Un climat médiatique à haut risque pour les musulmans

Une étude du politiste et chercheur français Julien

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Société
Temps de lecture : 9 minutes

Pour aller plus loin…

De l’enfer carcéral au théâtre, la renaissance de Redwane Rajel
Portrait 13 mai 2026 abonné·es

De l’enfer carcéral au théâtre, la renaissance de Redwane Rajel

Le comédien de 51 ans raconte son parcours de vie accidenté dans un seul en scène salué par ses pairs. Son histoire est celle d’un homme qui s’est reconstruit grâce à la scène, découverte en prison à la faveur des permissions de sortie et des activités culturelles.
Par Hugo Forquès
Master Poulet : à L’Après M de Marseille, « il faut arrêter d’utiliser la nourriture pour stigmatiser »
Reportage 12 mai 2026 abonné·es

Master Poulet : à L’Après M de Marseille, « il faut arrêter d’utiliser la nourriture pour stigmatiser »

La polémique autour de l’ouverture d’un Master Poulet à Saint-Ouen, contestée par le maire Karim Bouamrane (PS), a charrié des enjeux à l’intersection entre classe sociale, racisme et géographie de territoire. Un sujet qui résonne à L’Après M, restaurant solidaire dans les quartiers nord de Marseille.
Par Zoé Cottin
Fin de vie : le Sénat abrège les débats sur l’aide à mourir
Loi 12 mai 2026 abonné·es

Fin de vie : le Sénat abrège les débats sur l’aide à mourir

Les parlementaires ont voté contre l’article sur lequel reposait « l’assistance médicale à mourir », une version plus restrictive du texte adopté à l’Assemblée nationale. Laquelle sera, dorénavant, seul maître à bord du texte.
Par Hugo Boursier
À Paris, la marche néonazie du C9M reste interdite
Extrême droite 8 mai 2026

À Paris, la marche néonazie du C9M reste interdite

Le tribunal administratif a rejeté la levée d’interdiction demandée par les organisateurs du Comité du 9 mai (C9M), une marche néofasciste en hommage à un militant mort en 1994.
Par Hugo Boursier