Papeterie Chapelle-Darblay : l’usine est prête, l’État encore absent

Tous les voyants sont au vert pour relancer la structure, fermée en 2019. Mais sans le prêt promis par l’État, rien ne peut redémarrer. L’ultime délai accordé par l’industriel repreneur est désormais dépassé. Syndicats, associations et élus locaux lancent un dernier appel à un gouvernement toujours mutique. Reportage.

Thomas Lefèvre  • 27 mai 2025 abonné·es
Papeterie Chapelle-Darblay : l’usine est prête, l’État encore absent
© Thomas Lefèvre

Mise à jour le 10 juin 2025

Après des mois d’atermoiements, l’État s’est finalement décidé à soutenir le projet de reprise de la Chapelle-Darblay, à Grand-Couronne (Seine-Maritime). Cette papeterie avait fermé en 2019. Depuis, la CGT et les élus locaux se sont battus pour relancer l’usine autour d’un projet écologique de recyclage du papier. Dans un communiqué, la CGT « salue cette magnifique victoire » tout en dénonçant le temps perdu. « 2 096 jours : c’est le temps qu’il aura fallu pour éviter la destruction de ce fleuron industriel. »

Première publication le 27 mai 2025

Sur l’immense parking vide de la papeterie Chapelle-Darblay, à Grand-Couronne (Seine-Maritime), Cyril Briffault, délégué syndical CGT et papetier depuis 1998, attend un coup de fil qui ne vient pas. Vendredi 23 mai devait être LE jour. Celui de la réponse tant espérée de la Banque publique d’investissement française – Bpifrance –, concernant un prêt de 27 millions d’euros. Une aide publique, dernière pièce du puzzle pour relancer la production. Pour l’instant : silence radio. Encore.

Depuis bientôt six ans, la CGT et des anciens salariés, soutenus par les élus de l’agglomération rouennaise et des ONG comme Greenpeace, se battent pour redonner vie à ce site presque centenaire, fleuron industriel du papier recyclé. « On a été accusé d’être une “usine sous perfusion” mais c’est faux. Il faut quand même rappeler que le site n’a pas fermé pour déficit économique, mais pour des raisons de “compétitivité” », rappelle Cyril Briffault, amer. En 2019, la multinationale UPM, ancienne propriétaire du site, décide de fermer l’usine et met sur le carreau 230 employés.

En 2022, après deux années de mobilisation, une solution émerge : le groupe Fibre Excellence, filiale française du groupe canadien Paper Excellence, se dit prêt à reprendre le site. Le projet est ambitieux – 245 millions d’euros d’investissements prévus avec plus de 200 emplois à la clé – mais réaliste. L’industriel conditionne cependant son engagement à une garantie de la puissance publique : un prêt de 27 millions d’euros. Deux ans plus tard, malgré les promesses de Jean Castex et Bruno Le Maire notamment, rien ne se passe.

« C’est le quatrième premier ministre et le troisième ministre de l’Industrie qu’on voit passer depuis la fermeture du site en 2020 », soupire Philippe Martinez, ancien secrétaire général de la CGT, qui continue de soutenir la mobilisation. La réponse des pouvoirs publics devait déjà arriver avant le 20 décembre 2024. Sans retour, l’industriel a accordé un ultime délai de 5 mois. Celui-ci s’est donc terminé ce vendredi 23 mai, sans plus de nouvelle. En attendant, le groupe Fibre Excellence perd de l’argent pour entretenir le site, et fait preuve, pour

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Économie
Publié dans le dossier
Macron : le fossoyeur de l'emploi
Temps de lecture : 8 minutes

Pour aller plus loin…

Congrès syndicaux : quelles priorités pour le monde du travail ?
Luttes 3 juin 2026

Congrès syndicaux : quelles priorités pour le monde du travail ?

Les congrès des principales centrales ont lieu en ce moment. Pouvoir d’achat, retraites, assurance chômage : tour d’horizon des sujets de préoccupations.
Par Céline Martelet, Alix Garcia et Juliette Heinzlef
Congrès syndicaux : le dilemme de la présidentielle
Analyse 29 mai 2026 abonné·es

Congrès syndicaux : le dilemme de la présidentielle

Au mois de juin, après FO, c’est au tour de la CGT et de la CFDT d’organiser leurs congrès. Des rendez-vous très importants pour ces organisations, à un an des échéances électorales de 2027. De quoi susciter des débats en interne, notamment sur la lutte contre l’extrême droite.
Par Victor Fernandez
Data centers : à qui profite vraiment la « souveraineté numérique » ?
Analyse 22 mai 2026 abonné·es

Data centers : à qui profite vraiment la « souveraineté numérique » ?

Brandi comme un étendard par le gouvernement et les géants du numérique, le concept consensuel de « souveraineté numérique » masque une réalité moins flatteuse : l’emprise de la Big Tech américaine et des fonds étrangers sur le numérique français et européen.
Par Thomas Lefèvre
Plans sociaux : comment l’IA commence à remplacer les journalistes
Enquête 15 mai 2026 libéré

Plans sociaux : comment l’IA commence à remplacer les journalistes

Depuis le mois de janvier, les annonces de suppressions de postes s’enchaînent dans les groupes de presse français. Plusieurs centaines de journalistes vont perdre leur travail et des postes vont disparaître dans les rédactions… au profit de l’intelligence artificielle.
Par Céline Martelet