Congrès syndicaux : quelles priorités pour le monde du travail ?
Les congrès des principales centrales ont lieu en ce moment. Pouvoir d’achat, retraites, assurance chômage : tour d’horizon des sujets de préoccupations.
dans l’hebdo N° 1917 Acheter ce numéro

© Xose Bouzas / Hans Lucas via AFP
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Alors que l’inflation continue d’éroder les revenus des ménages, la question salariale demeure la priorité de l’ensemble des organisations syndicales. La récente revalorisation automatique du Smic, déclenchée par le dépassement du seuil légal d’inflation, est jugée insuffisante par plusieurs centrales. La CGT réclame une augmentation immédiate de 5 % du Smic, une hausse générale des salaires ainsi que le rétablissement d’un mécanisme d’indexation permettant à l’ensemble des rémunérations de suivre l’évolution des prix.
La CGT défend un blocage des prix sur les produits de première nécessité et une meilleure répartition des richesses créées dans les entreprises.
Le syndicat de Sophie Binet défend également un blocage des prix sur les produits de première nécessité et une meilleure répartition des richesses créées dans les entreprises. Force ouvrière partage cette analyse. Elle revendique le retour d’une échelle mobile des salaires tout en réaffirmant le rôle central des négociations de branche pour garantir des augmentations collectives.
La CFDT adopte une approche différente. Elle privilégie les négociations d’entreprise et de branche plutôt que des mécanismes automatiques d’indexation. Pour Marylise Léon, l’enjeu consiste à rouvrir rapidement les négociations afin d’éviter un décrochage durable entre les revenus des travailleurs et le coût de la vie. L’Union syndicale Solidaires défend pour sa part une augmentation générale des salaires, des minima sociaux et des pensions. Le syndicat milite également pour un renforcement de la fiscalité sur les hauts revenus et les dividendes afin de financer les mesures de soutien au pouvoir d’achat.
Assurance chômage : préserver les droits ou renforcer les incitations au retour à l’emploi ?
Le durcissement progressif des règles de l’assurance chômage constitue un autre sujet majeur de confrontation. La CGT dénonce la réduction continue de la durée d’indemnisation et refuse toute nouvelle restriction des droits. Pour rééquilibrer les comptes de l’Unédic, elle propose d’augmenter les cotisations patronales et de renforcer les mécanismes de bonus-malus visant les entreprises qui recourent massivement aux contrats précaires. Solidaires défend une position proche en revendiquant une indemnisation plus protectrice, un élargissement de l’accès aux droits et une responsabilisation accrue des employeurs ayant recours à la précarité. Force ouvrière reste également opposée à une diminution des droits des demandeurs d’emploi.
La CFDT adopte une ligne moins favorable au droit au chômage. Si elle a participé à plusieurs négociations visant à préserver certains équilibres du régime, dont celle qui a récemment réduit les droits au chômage pour les « bénéficiaires » de ruptures conventionnelles, elle continue de défendre le principe d’une assurance chômage fondée sur la négociation entre partenaires sociaux plutôt que sur des décisions unilatérales de l’État.
Retraites : l’unité contre la réforme de 2023 masque des désaccords profonds
La mobilisation contre la réforme des retraites de 2023 restera comme l’un des rares moments d’unité complète du paysage syndical français. Pendant plusieurs mois, l’intersyndicale a réussi à faire front commun contre le report de l’âge légal de départ à 64 ans. Cette unité ne doit toutefois pas masquer des divergences anciennes et importantes sur l’avenir du système. La CGT, Force ouvrière et Solidaires défendent un retour à la retraite à 60 ans. La CGT met l’accent sur la prise en compte de la pénibilité et propose des départs anticipés pouvant aller jusqu’à cinq ans avant 60 ans, voire davantage pour certaines professions exposées.
Pour financer le système, elle défend notamment une hausse des cotisations patronales, une contribution accrue des revenus financiers et l’égalité salariale entre les femmes et les hommes. Solidaires va plus loin encore en revendiquant la retraite à 60 ans, voire à 55 ans pour les métiers les plus pénibles, et rejette toute logique de recul de l’âge légal ou d’allongement de la durée de cotisation. La CFDT occupe une position singulière. Opposée au relèvement de l’âge légal à 64 ans, elle défend néanmoins depuis de nombreuses années l’idée d’un système universel de retraite par points dans le cadre de la répartition.
Au-delà de la question de l’âge légal, c’est donc bien la nature même du système de retraite qui continue d’opposer les organisations syndicales.
Cette orientation est régulièrement critiquée par ses opposants qui estiment qu’un tel système rend plus difficile la prévisibilité du niveau futur des pensions, la valeur du point pouvant être modifiée par les pouvoirs publics. La question d’une place plus importante accordée à des dispositifs complémentaires d’épargne retraite, en introduisant une part de capitalisation, est également à l’étude au sein de la CFDT. Au-delà de la question de l’âge légal, c’est donc bien la nature même du système de retraite qui continue d’opposer les organisations syndicales.
Les élections professionnelles, autre enjeu décisif de l’année
Si la présidentielle occupe déjà tous les esprits, un autre rendez-vous pourrait avoir des conséquences importantes sur le paysage syndical : les élections professionnelles prévues le 10 décembre prochain dans la fonction publique. Plus largement, l’ensemble des scrutins professionnels qui alimentent la mesure de la représentativité syndicale seront observés avec attention. La réforme des retraites a provoqué une hausse significative des adhésions dans la plupart des organisations syndicales.
La CGT comme la CFDT revendiquent chacune avoir bénéficié de cet afflux de nouveaux militants.
Dans le secteur privé, la CFDT demeure aujourd’hui la première organisation syndicale au niveau national, devant la CGT. Reste à savoir si la dynamique née du mouvement contre la réforme des retraites se traduira dans les urnes. La CGT peut-elle retrouver sa place de première force syndicale française ? La CFDT conservera-t-elle son avance ? Derrière les débats sur les salaires, les retraites ou l’assurance chômage se joue aussi une bataille décisive pour le leadership syndical dans les années à venir.
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