Terrorisme d’extrême droite : la mémoire lacunaire des prévenus d’AFO
Malgré une procédure d’instruction établissant les projets violents de ce groupe visant la communauté musulmane, les premiers prévenus ont affirmé n’avoir jamais cru aux projets d’attentats, ou de ne pas en avoir eu connaissance. Une forme de légèreté dérangeante.

Au deuxième jour du procès de l’Action des forces opérationnelles (AFO), groupuscule d'extrême droite qui projetait des actions terroristes, Philippe C., est le premier prévenu à être interrogé. Derrière lui, 14 des 15 autres prévenus, des hommes de plus de soixante ans pour l’essentiel, auraient presque l’air de papys anodins. Ils se sont assis aux mêmes places que la veille. Costard bleu, quelques cheveux restants plaqués sur son crâne chauve, l’homme qui parle à la barre ne se souvient plus très bien de qui a dit quoi, et quand.
Les faits remontent à 2017-2018. Lui affirme avoir voulu apporter « un soutien tant humain que militaire aux forces de l’ordre » après les attentats de Charlie Hebdo. Il est aujourd’hui – comme les autres sur les bancs –, jugé pour association de malfaiteurs terroristes.
« C’était du fantasme »« Achille » – c’est son pseudo –, explique ne pas avoir cherché à comprendre ce qu’était AFO par rapport à Volontaires pour la France (VPF), l’organisation d’extrême droite formée après les attentats de 2015, et qu’il avait, comme beaucoup d’autres prévenus, rejointe au départ. Il ignore aujourd’hui encore l’acronyme d’AFO, ose-t-il dire à la barre.
Pour lui, c’était « la continuité » de VPF, « pas de l’action violente ». L’enquête des Renseignements le montre pourtant : par la scission des deux organisations, l’AFO devenait « le bras armé » de VPF. « Tuer 200 imams radicalisés » figure dans les objectifs de départ du groupe. D’autres projets viendront s’ajouter comme « empoisonner de la nourriture halal » ou remonter une file de voitures à contresens et « jeter des grenades dans la voiture des Arabes ».
On n’a pas l’impression que vous vous mettez en soutien des autorités quand vous vous formez à la garde à vue.
JugeC’est donc en se prenant pour un « agent secret » qu’« Achille », 61 ans, a appris à ses camarades comment maquiller une plaque d’immatriculation. Cet atelier intitulé « aide aux forces armées » a eu lieu lors d’un stage organisé en décembre 2017. « On n’a pas l’impression que vous vous mettez en soutien des autorités quand vous vous formez à la garde à vue et que vous maquillez des plaques », fait remarquer la juge.
Il affirme ne pas avoir eu d'éléments en sa possession lui permettant « de penser qu’on passerait à quelque chose d’opérationnel ». Certes, il admet avoir été au courant que l’organisation était hiérarchisée en différentes sphères opérationnelles, mais il affirme que « ça ne l’intéressait pas ». L’homme qui se dit marqué par le film, La Bataille du rail (la résistance de cheminots face l’occupant nazi, N.D.L.R.) n’hésite pas à se référer à la résistance pour justifier sa posture.
« Il y a quand même un ennemi désigné, Monsieur C. À l'époque, qui est l'ennemi désigné ? », demande la juge. « C’est toujours la même chose. Il faut se replonger dans le contexte. On désigne le musulman d’une manière générale. » Plus tard, il donne des chiffres à la volée : « Tuer 200 imams, 300 ou 1 000 imams, c’était du fantasme ». Une formule « d’accroche », estime le détenteur d'un BTS publicité. « La publicité c’est pour attirer des gens qu’on veut attirer. Qui vouliez-vous attirer ? », demande la juge. « Achille » botte en touche. Tout au long de l'audition, il maintient : « Personne n’aurait été
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