LGBT : la fierté, moteur des combats
La fierté LGBT s’est imposée comme un acte politique puissant. De la lutte contre le sida à celle contre l’internationale réactionnaire, elle ne cesse de se réinventer pour faire face aux discriminations.
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© Pierre VERDY / AFP
Stonewall Inn, 28 juin 1969. Alors que la vie nocturne bat son plein dans ce bar gay de New York, un raid policier interrompt les festivités. À cette époque, « l’atteinte à la pudeur » interdit à deux personnes de même sexe de danser ensemble. Mais, ce soir-là, l’interpellation habituelle prend une autre tournure : pour la première fois, les clients se rebellent contre les matraques, à coups de briques ou de bouteilles. C’est le début d’une longue série d’émeutes de la communauté LGBT contre les policiers.
Dès les années 1970, des mouvements similaires émergent à San Francisco, Londres ou Berlin, annonçant une internationalisation des luttes LGBT. Et, avec elle, la naissance d’une nouvelle fierté homosexuelle, dont la Gay Pride va devenir le symbole. « Il y a un renversement par rapport à la logique des mouvements homophiles des années 1950-1960, comme en France avec Arcadie [groupe militant homosexuel français créé en 1954 et dissous en 1982, N.D.L.R.], où on était dans une forme de discrétion. Avec l’arrivée de la Gay Pride, il s’agit de parler haut et fort », souligne Éric Fassin, sociologue spécialiste des études de genre.
Cette expression de soi passe par une évolution du « coming out » à travers la libération sexuelle des années 1970. Alors qu’il symbolisait jusque-là l’entrée dans la communauté homosexuelle, celui-ci commence à se construire relativement au public hétérosexuel. Pour Éric Fassin, « le terme devient une revendication de soi, au risque de se transformer en injonction à la transparence ». Cette fierté identitaire est au cœur de la Gay Pride : « C’est un renversement de la honte. La fierté est donc seconde, car elle réagit contre », explique le chercheur.
Nous avons réussi à retourner une mauvaise identité vis-à-vis de la séropositivité en quelque chose d’assez glorieux.
D. LestradePhilippe Mangeot, président d’Act Up-Paris de 1997 à 1999, interprète le motif de la fierté comme « une célébration joyeuse, qui s’exprime dans un carnaval et marque le passage du collectif à l’individu. C’est précisément parce qu’il y a un “nous” qu’il y a possibilité de dire “je”. » Mais, dans les années 1980, cette fierté collective nouvellement éprouvée est ébranlée par l’épidémie du sida.
Esthétique du chocQualifié de « cancer gay » par les médias ou de « maladie des 4H » – pour héroïnomanes, homosexuels, hémophiles et Haïtiens –, le sida porte son lot de préjugés homophobes : c’est la « maladie de la honte ». L’association Act Up, créée en 1989, se donne alors pour objectif de briser
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