Au Blanc-Mesnil, qui veut déraciner les Tilleuls ?

Ce quartier populaire de Seine-Saint-Denis doit être transformé en profondeur. Mais, face à une municipalité qui prône un « rééquilibrage » de sa sociologie, les 10 000 habitants se sentent dépossédés de ce projet de rénovation urbaine qui fait tout pour les faire partir.

Névil Gagnepain  et  Zoé Neboit  • 9 juillet 2025 abonné·es
Au Blanc-Mesnil, qui veut déraciner les Tilleuls ?
© Névil Gagnepain et Zoé Neboit

Par une température caniculaire, des enfants jouent autour d’une bouche d’eau ouverte pendant que les parents installent des stands dans l’allée centrale Viollet-le-Duc. Comme chaque année, en ce 21 juin, le quartier des Tilleuls, au Blanc-Mesnil (Seine-Saint-Denis), se prépare pour la Fête de la musique. Mais quelque chose cloche dans le décor : par-dessus l’épaule des habitants, on aperçoit les rideaux de fer baissés.

Ce qui était un centre commercial situé sur une dalle et entouré de trois allées piétonnes, destiné aux 10 000 habitants du quartier, se résume aujourd’hui à l’enseigne lumineuse d’une pharmacie et au café associatif le Tilia. Si bien que ce dernier, chargé des festivités du jour, n’a pas eu d’autre choix que d’acheminer en camionnette nourriture et charbon pour le barbecue, ainsi que les auvents. « J’ai grandi ici. Avant, c’était un super quartier, on trouvait tout. Il y avait un grec, un tabac, un primeur et même une poissonnerie. C’était vivant », se souvient Shéhérazade, nostalgique.

Les rues ont aujourd’hui des airs de ville fantôme. En cause, un grand projet de renouvellement urbain qui prévoit de métamorphoser les Tilleuls. Ce quartier de grands ensembles collectifs, qui concentre un cinquième des Blanc-Mesnilois, a été construit dans les années 1960 et a besoin d’une rénovation. Mais cet immense chantier, qui durera au moins dix ans, a aussi pour objectif de « rééquilibrer la sociologie » de la commune, selon les mots de Thierry Meignen, maire de 2014 à 2021, devenu sénateur.

Comment ? Par la réhabilitation de 1 850 logements, la démolition de 900 autres et la construction de 3 380 nouvelles habitations, en grande majorité en accession à la propriété. Au total, la part de HLM sera réduite de 50 %. Après deux essais retoqués par l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (Anru), ce ­troisième projet a été signé en 2024. Alors que le calendrier de début des travaux a été plusieurs fois repoussé et que des foyers n’ont pas encore de solution de relogement, les commerces de proximité ont dû tirer le rideau en décembre 2024.

La municipalité aurait dû attendre, ou au moins installer des préfabriqués, comme ça se fait ailleurs.

Saïda

« La municipalité aurait dû attendre, ou au moins installer des préfabriqués, comme ça se fait ailleurs », déplore Saïda*. Pour cette mère de trois enfants comme pour ses voisins, le commerce le plus proche est un grand Leclerc, à 25 minutes à pied de chez elle, desservi par un bus dont la fréquence des passages est réduite en journée. « Il y a beaucoup de personnes âgées qui ont du mal à se déplacer dans le quartier. Quand je vais faire mes courses, je vais voir ma voisine pour savoir si elle a besoin de quelque chose. »

« Stratégie de peuplement »

Ville à

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Société
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