L’avocate des victimes de l’agression raciste dans la Creuse menacée
Les violences se poursuivent à Royère-de-Vassivière. Après la « chasse aux nègres » menée le 15 août, pour laquelle sept personnes ont porté plainte, leur avocate, Me Coline Bouillon, a été la cible de menaces de mort et de viol en ligne, d’après nos informations. Elle a déposé plainte.

Saluts nazis et menaces de morts. Lundi 25 août 2025, alors que le parquet de Guéret (Creuse) a annoncé l’ouverture d’une enquête pour « violences physiques et verbales à caractère raciste » plus de 300 personnes s’étaient rassemblées à Royère-de-Vassivière contre le racisme et en soutien aux victimes. Mais tous·tes n’étaient pas venu·es pour les mêmes raisons.
Le rassemblement s’est déroulé en réaction à l’agression raciste perpétrée lors d’une fête de village, dix jours auparavant, et pour laquelle sept personnes ont porté plainte. C’est à cette occasion que l’avocate Me Coline Bouillon a pris la parole en dénonçant également la montée de l’extrême droite. Elle a souligné son intention de faire part à la préfecture des agissements commis par deux de leurs auteurs qui étaient détenteurs d’un port d’armes et d’un permis de chasse.
Dans la nuit du 15 au 16 août, lors d’une fête du village de Royère-de-Vassivière, un groupe d’amis a été victime d’une agression raciste. En fin de soirée, un homme aurait volontairement pris à parti l’une des personne du groupe, la seule racisée. Après plusieurs coups, les amis s’enfuient. Les victimes relatent une véritable chasse à l’homme raciste. Sept plaintes ont été déposées. Une enquête a été ouverte le 25 août.
Elle raconte alors à Politis s’être fait huer. Après son discours, plusieurs personnes viennent la voir : « Elles m’ont dit qu’ils avaient vu des saluts nazis et entendu des propos très menaçants. Une témoin directe a confirmé, en ajoutant qu’ils disaient ‘Celle-ci je vais me la faire et la prochaine fois, je reviens avec un fusil.’ »
Le lendemain, un article est publié sur un blog hébergé en Russie et tenu par un certain Marcel Berrichon, lequel multiplie les appels à la haine. Injures racistes des victimes, remise en question des faits, l’auteur insulte l’avocate et va même jusqu’à donner son numéro de téléphone. Un réel « appel au cyber-harcèlement » pour Me Bouillon. Et en effet, les commentaires haineux fleurissent sous la publication : « À poil dans une cave du 9-3 pour qu’elle puisse prendre un bon bouillon de culture cette couillonne », peut-on lire.
Elle reçoit alors des messages menaçants de numéros inconnus que Politis a pu consulter. Depuis, l’avocate, qui est en état de choc, a quitté la Creuse, craignant pour sa sécurité. Profondément impactée, elle est en arrêt de travail. Pour elle, le but est clair : « Comme ils n’ont pas l’identité des victimes, ils veulent poursuivre le travail d’intimidation et de lynchage ».
Loin d’être un fait divers
Sur un autre site de la fachosphère, Riposte laïque, déjà visé par une enquête pour menaces de mort en janvier, on peut lire : « Peut-être aussi que les habitants de Royère-de-Vassivière avaient gardé en mémoire Crépol et l’assassinat raciste de Thomas, en novembre 2023, où une bande de la diversité était venue pour massacrer du Blanc ».
Comme ils n’ont pas l’identité des victimes, ils veulent poursuivre le travail d’intimidation et de lynchage.
C. Bouillon
Le « racisme anti-Blancs », qui n’a aucun fondement scientifique, est clairement défendu. Pour Me Bouillon, cette affaire est loin d’être un fait divers : « C’est une représentation de la banalisation et du sentiment d’impunité des personnes qui adhèrent aux idéologies d’extrême droite en France ». Le député LFI Thomas Portes a annoncé faire valoir l’article 40 du code de procédure pénale, prévoyant une obligation de signalement au procureur de la République.
L’avocate, représentée par Me Emmanuel Daoud, a décidé de déposer deux plaintes : l’une pour les menaces de mort proférées lors du rassemblement et l’autre pour harcèlement moral avec circonstances aggravantes puisque effectuées en ligne et en réunion, mais aussi mise en danger de la personne par divulgation d’informations. Son avocat a déposé aujourd’hui les deux plaintes auprès du procureur de la République de Créteil, en espérant l’ouverture d’une enquête préliminaire au plus vite, compte tenu de la gravité des faits. Elles ont aussi été déposées au parquet de Guéret.
« Je ne laisserai passer aucune atteinte à ma personne et menace à mon encontre dans l’exercice de ma profession et dans la défense des gens que je représente », confie-t-elle. Me Bouillon insiste également : ses client·es sont aussi particulièrement exposé·es. « Ce qu’on attend c’est qu’une protection judiciaire soit accordée aux victimes qui reçoivent des intimidations et croisent leurs agresseurs. Il faut identifier le reste des membres de la ratonnade, qui semblaient très organisés ».
Nous attentons une protection judiciaire pour les victimes qui reçoivent des intimidations et croisent leurs agresseurs.
Tabassage en bande organisée
Les plaignant·es assurent en effet avoir été pris·es pour cible notamment par Cedric Lecomte, conseiller municipal et Nicolas Lenoir, responsable d’association locale de chasseurs. Sept personnes ont porté plainte pour agression à caractère raciste. Les mis en cause, eux, réfutent tout racisme.
Dans la plainte à laquelle Politis a eu accès, la seule victime racisée âgée de 26 ans, décrit s’être fait rouer de coups, avant de parvenir à s’enfuir. « Non, ce n’était pas une bagarre entre personnes alcoolisées. Nous avons vécu un tabassage en bande organisée et notre seule réponse était la fuite et la mise en sécurité. Nous avons fait l’objet d’un guet-apens », a t-elle indiqué à la presse.
Il faut dénoncer les menaces subies par ma consœur dans le cadre de ses fonctions mais aussi le racisme structurel et banalisé.
Me E. Daoud
Les coups reçus et le stress post-traumatique important lui ont valu une ITT (incapacité totale de travail) de 12 jours. L’une de ses amies indique aussi dans sa plainte, consultée par Politis, avoir été attrapée par la gorge, étranglée puis frappée avant de s’évanouir. Elle s’en sortira avec des ecchymoses et 14 jours d’ITT. Un autre de leurs ami·es est également blessé.
Mais les violences ne s’arrêtent pas là. Dans leur fuite, le groupe d’ami·es raconte avoir été poursuivi dans le village par des personnes en pick-up munies de talkie-walkies. Les agresseurs auraient alors employé le terme de « chasse au nègre » et indiqué vouloir « buter » la seule personne racisée du groupe.
Pour Me Emmanuel Daoud, les instances de la profession des avocat·es, des associations et des élu·es vont aussi se saisir de l’affaire : « Il faut dénoncer les menaces subies par ma consœur dans le cadre de ses fonctions mais aussi le racisme structurel et banalisé qui conduit à agresser des jeunes. » Mathilde Panot, députée LFI a publié un communiqué aujourd’hui sur X dans lequel elle explique saisir la préfecture de la Creuse et demande la suspension préventive des permis de chasse. Le Syndicat des avocats de France (SAF) a indiqué dans un communiqué qu’il « se constituera partie civile sur la partie relative aux faits dont [Me Bouillon] est la cible. »
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