À Calais, pour les personnes exilées, le flou règne autour de l’accord franco-britannique
L’accord entre la France et l’Angleterre sur l’immigration est entré en vigueur le 6 août. Il prévoit le renvoi en France de personnes arrivées au Royaume-Uni par la Manche contre l’acceptation des personnes éligibles au programme. Mais l’absence d’information laisse les exilé·es dans un dédale administratif.

© Élise Leclercq
Un terrain vague, et au loin, des dizaines de tentes amassées dans un hangar. À Calais, en cette fin de mois d’août, c’est devenu le plus grand lieu de vie des personnes exilées, rassemblant près de 300 personnes selon les associations. Gloria, responsable de l’organisation Channel Info Project et quatre autres bénévoles s’activent à disposer les tables et prises électriques qui servent de point de charge aux habitants du lieu. Une autre table est mise juste à côté avec un panneau « Info » traduit en une dizaine de langues.
Plusieurs personnes commencent à arriver. Une ligne se crée pour attendre le petit déjeuner donné par l’association Salam. Quelques fruits, un café. Gloria en profite pour donner une nouvelle notice d’information : l’accord franco-britannique entré en vigueur le 6 août dernier. Celui-ci prévoit notamment que le Royaume-Uni mette en place une procédure légale d’arrivée pour certaines personnes remplissant les conditions fixées par le gouvernement avec, en contrepartie, le renvoi vers la France de personnes ayant traversé la Manche.
La plupart n’en ont jamais entendu parler. Petit à petit, l’info circule et certains jeunes hommes viennent directement la demander. Ils lisent la notice attentivement, contenant des renseignements sur la procédure.
« Les gens ne savent pas »Mohammed vient du Soudan. Il est arrivé en France il y a un an, à l’âge de 22 ans. Cela fait trois jours qu’il est arrivé à Calais. Il n’avait jamais entendu parler de cette possibilité : « Oui je vais peut-être essayer », répond-il sans trop y croire. En deux heures, une cinquantaine de notices ont été distribuées. « Comme à l’époque pour le Rwanda [accord d’expulsion de personnes exilées entrées illégalement sur le territoire anglais vers le Rwanda signé en 2022, N.D.L.R.], les gens ne savent pas. Et puis même si ils sont au courant, il n’ont pas forcément accès à Internet, c’est trop compliqué », explique Gloria.
Tout le monde travaille ensemble, il y a beaucoup d'échanges d'informations entre les ONG du Royaume-Uni et de France.
O. ClarkDu côté associatif, on reste aussi dubitatif. Certains s’interrogent, d’autres ne se sentent pas légitimes pour répondre aux inquiétudes. En réalité, très peu d’informations officielles sont disponibles. Alors, « tout le monde travaille ensemble, il y a beaucoup d'échanges d'informations entre les ONG du Royaume-Uni et de France », relate Olivia Clark, directrice de Refugee Legal Support (RLS), ONG basée en Angleterre.
Plusieurs fois par semaine, l’association Channel Info Project met en place un point de charge permettant aussi de donner des informations aux personnes exilées du lieu de vie. (Photo : Élise Leclercq.)« Nous n’avons eu aucune informations si ce n’est celles de Refugee Legal Support », précise Gloria. L’association anglaise a été la première à communiquer sur le sujet et à diffuser les informations obtenues. Car de l’autre coté de la frontière, les associations s’activent tout autant : « C'est notre principale préoccupation », lâche, dans un souffle, Olivia Clark. En outre, se pose la question de la procédure qui n’est, selon elle, « pas conçue pour aider les personnes les
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