GenZ 212 : la jeunesse marocaine en révolte

Depuis deux semaines, le Maroc est secoué par un mouvement social inédit, porté par la jeunesse qui s’est dénommée « GenZ 212 », révoltée par l’effondrement des services publics. Confrontée à une répression brutale et à une réponse décevante du roi ce vendredi 10 octobre, le mouvement se situe à un tournant.

Embarek Foufa  • 17 octobre 2025 abonné·es
GenZ 212 : la jeunesse marocaine en révolte
Un manifestant du collectif GenZ 212 chante dans un mégaphone devant le parlement marocain, à Rabat, le 9 octobre.
© Issam Zerrok / Hans Lucas / AFP

"C’est au roi qu’il faut s’adresser car il est responsable, et c’est le seul qui détient le pouvoir. Il est obligé de répondre à la pression sociale », confie Abdel*, militant marocain, à Politis, en amont du discours du roi Mohammed VI. Depuis deux semaines, le Maroc connaît un mouvement social aussi inattendu qu’historique, initiée par une génération Z (née après l’an 2000) dont l’organisation s’affirme sans leader désigné. Ce sont les décès de huit femmes enceintes après avoir été admises pour des césariennes à l’hôpital public d’Agadir, à la mi-septembre, qui ont déclenché ce mouvement spontané GenZ 212 – 212 est l’indicatif téléphonique du Maroc.

Affilié à aucun parti politique ni organisation syndicale, le collectif GenZ 212 revendique autant l’horizontalité que le pacifisme. Après une brève pause, les manifestations ont repris jeudi 9 octobre, à la veille de l’allocution tant attendue du roi. « Nous sommes tous suspendus à sa parole et c’est le fond du problème : le roi est le seul décisionnaire dans ce pays. Notre système doit s’inspirer des monarchies parlementaires européennes comme en Espagne, où le gouvernement détient un certain nombre de prérogatives », explique Ahmed, âgé de 30 ans, habitant en France depuis douze ans après avoir grandi à Casablanca.

Une jeunesse populaire délaissée, dans un état de désespoir profond.

Abdel

Attendu par 37 millions de marocains, le discours a déçu tant la parole royale est apparue déconnectée des réalités sociales. « Avec l’inflation, le chômage élevé, le taux d’endettement des foyers, la tension sociale était palpable », explique Abdel. D’origine amazigh (berbère), il a récemment sillonné le pays et observé dans les régions « une jeunesse populaire délaissée, dans un état de désespoir profond. La colère pouvait exploser à tout moment ».

« Mouvement gazeux »

La contestation s’est vite étendue à de nombreuses villes du pays. Dans les cortèges, on entend chaque jour le même refrain : « Le peuple veut la fin de la corruption », ou encore « Maroc, le chômage et le chômage ». Car celui-ci atteint 12,8 % dans le pays au deuxième trimestre 2025, près de 36 % pour les moins de 24 ans et près de 19 % des diplômés. « Depuis la fin du covid, les gens ne s’en sortent plus. Plusieurs amis diplômés d’un master en 2021-2022 n’ont toujours pas de travail », s’alarme Youcef*, jeune diplômé qui travaille dans le secteur du droit, après sept manifestations depuis le début du mouvement.

Nos parents nous ont éduqués dans l’obéissance et la terreur.

Ahmed

Né sur le réseau social Discord, le collectif GenZ 212 compte aujourd’hui plus de 200 000 membres. Il s’est structuré sur différents canaux : un bilan de la journée est réalisé chaque soir, puis une discussion collective a lieu dans une sorte d’assemblée générale virtuelle. Les

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