Réunions secrètes, opération cohabitation : comment la gauche cherche l’union

En coulisses, socialistes, écologistes, communistes et insoumis se divisent sur la stratégie à adopter face à Emmanuel Macron. Mais l’union des gauches bouge encore.

Lucas Sarafian  • 7 octobre 2025 abonné·es
Réunions secrètes, opération cohabitation : comment la gauche cherche l’union
Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes, lors du rassemblement de la gauche avant le premier tour des législatives anticipées, place de la République à Paris, le 30 juin 2024.
© Maxime Sirvins

En mission. Depuis des heures, Marine Tondelier semble tenir les murs de la vieille maison de l’union de la gauche. La patronne des Écologistes discute avec les socialistes, les insoumis, les communistes… Un canal est même ouvert avec Place publique, la formation de Raphaël Glucksmann. Entre deux réunions stratégiques de son parti, Marine Tondelier multiplie les échanges informels et les visios entre tous les cadres de gauche.

L'écolo parle à tout le monde et rêve de réunir toutes les chapelles autour d’une même table pour écrire, ensemble, la suite de l’histoire. « Marine a une légitimité pour réaliser cet objectif, estime François Thiollet, secrétaire national adjoint du parti. On a réussi à faire la Nupes en 2022 puis le NFP en 2024. Le seul moyen de gagner une élection, c’est d’unir la gauche et les écologistes. »

À la mi-journée du 6 octobre, une brèche s’ouvre. Quelques heures après la démission de Sébastien Lecornu, Jean-Luc Mélenchon envoie un message à ses partenaires sur X : « Nous proposons une rencontre cet après-midi aux organisations fondatrices de la Nupes et du Nouveau Front populaire afin d’envisager toutes les hypothèses ouvertes par cette situation. »

Étonnante mue unioniste. « Il n’y a pas très longtemps, quand il a fallu discuter du bureau et des commissions, nous avons été en capacité de nous mettre d’accord », plaide Manuel Bompard, le coordinateur du mouvement insoumis.

Destitution insoumise

En cas de dissolution, les insoumis ouvrent la porte à un accord législatif à gauche sur le programme du Nouveau Front populaire (NFP). Mais ils ne veulent pas vraiment lâcher du lest sur leur objectif initial : le départ d’Emmanuel Macron. Constatant que David Lisnard, maire de Cannes et vice-président des Républicains, et Marine Le Pen appellent à la démission du président, les insoumis voient une opportunité pour prendre la tête du front dégagiste. « Il faut prendre à bras-le-corps le cœur du problème, c’est-à-dire le président de la République et sa légitimité à continuer à décider dans de telles circonstances », considère Jean-Luc Mélenchon. Les insoumis poussent surtout leur motion de destitution déjà signée par 104 députés de gauche.

Mais cette réunion réclamée par les mélenchonistes n’aura jamais lieu. Tout s’accélère. En fin d’après-midi, dans le QG des écolos dans le XIe arrondissement, Marine Tondelier lance une nouvelle invitation. « Nous prenons nos responsabilités et chacun doit prendre les siennes », lance-t-elle. Quelques minutes plus tôt, le premier ministre démissionnaire Sébastien Lecornu venait d’être désigné par l’Élysée comme négociateur en chef. La gauche doit réagir.

En cas de dissolution, les insoumis ouvrent la porte à un accord législatif à gauche sur le programme du NFP.

Rendez-vous à 9 heures, ce 7 octobre. À l’hôtel Ibis de Bastille, à Paris, des représentants écolos, insoumis, le député communiste Nicolas Sans et les unitaires, dont Lucie Castets et Clémentine Autain. Au bout d’une heure et demie d’échange, la petite bande s’accorde sur deux principes : censurer automatiquement un premier ministre macroniste si le président s’entête à réitérer ce qu’il a déjà fait trois fois, et présenter des candidatures communes porteuses du programme du NFP dans les 577 circonscriptions de France en cas de dissolution.

« On ne veut pas être sur un accord purement défensif, affirme l’insoumise Clémence Guetté. On pense que les gens ont besoin d’avoir envie de ce qu’on propose. Il faut faire une proposition en positif pour la bifurcation écologique, pour un renouveau démocratique dans le pays et, surtout, pour

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