1995 : que reste-t-il de la réforme qui a enflammé la France ?

Les mesures portées par Alain Juppé en 1995 ont changé en profondeur la protection sociale, notamment son modèle de gestion. Trente ans plus tard, ce bouleversement a mis le modèle social français en première ligne des attaques néolibérales.

Pierre Jequier-Zalc  • 5 novembre 2025 abonné·es
1995 : que reste-t-il de la réforme qui a enflammé la France ?
Le 17 décembre 1995, à Paris, des médecins manifestent contre les mesures de rationnement des soins du plan Juppé.
© Jack GUEZ / AFP

La politique est faite de symbole. Parfois de détails. Et certains veulent dire beaucoup. Le 15 novembre, cela fera trente ans qu’Alain Juppé, alors premier ministre de Jacques Chirac, présentait son vaste plan pour réformer la protection sociale. Parmi les nombreuses mesures : la reprise en main par l’État de la gestion de la Sécu, via notamment une loi annuelle sur son financement, proposée par le gouvernement et votée par le Parlement : la loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS). Or cet « anniversaire » du plan Juppé – et surtout de la forte mobilisation s’y opposant – intervient justement en plein cœur des débats autour du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) du gouvernement pour 2026.

Des discussions particulièrement tendues qui illustrent parfaitement une des principales conséquences du plan de l’ancien maire de Bordeaux : « Désormais, ce sont les gouvernements, avec les PLFSS, qui donnent le la de la protection sociale », explique Nicolas Da Silva, économiste à l’université Sorbonne-Paris-Nord et auteur de La Bataille de la Sécu (La Fabrique, 2023). Fini la gestion paritaire entre partenaires sociaux : désormais, c’est l’État qui gère.

Depuis près de quarante ans, les gouvernements successifs ont pris un virage néolibéral qui voit dans la protection sociale un coût bien plus qu’une manière de faire commun. Le « trou de la Sécu » est devenu un lieu commun. Chaque année, à l’automne, lors de l’examen du PLFSS, il revient en force. N’était-ce pas ce même « trou » qui servait déjà d’éléments de langage à Alain Juppé en 1995 pour justifier son plan ? « Le “trou de la Sécu”, j’en entends parler depuis que je suis en âge de comprendre les débats sociaux et politiques. S’il était aussi ­dangereux que ce qu’on peut entendre, la Sécu serait tombée dedans. Et nous avec », raillait il y a quelques semaines dans nos colonnes Denis Gravouil, en charge des politiques sociales à la CGT.

Loin d’être de simples logiques budgétaires, ce sont bien des choix politiques qui aboutissent à cette situation.

La réduction des droits comme direction

La protection sociale n’est pas – encore – tombée dedans. Mais, depuis 1995, elle a été attaquée fortement et régulièrement. Les retraites en sont l’illustration la plus criante. En 1995, le plan d’Alain

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)

Pour aller plus loin…

Une chasse aux arrêts maladie abusifs ouverte sur le dos de salarié·es en souffrance
Santé • 25 septembre 2026

Une chasse aux arrêts maladie abusifs ouverte sur le dos de salarié·es en souffrance

Le nombre d’arrêts de travail indemnisés ne cesse de progresser en France, plus 10 % entre 2019 et 2024. Le gouvernement, le Medef et ses alliés de droite y voient des abus. Les médecins généralistes, les syndicats y lisent, au contraire, un profond mal-être des salarié·es.
Par Céline Martelet
Budget : Sébastien Lecornu continue d’attaquer les arrêts maladie et braque la gauche
Santé • 25 septembre 2026 abonné·es

Budget : Sébastien Lecornu continue d’attaquer les arrêts maladie et braque la gauche

Le gouvernement multiplie les annonces sur le dossier brûlant des arrêts de travail. Il compte trouver deux milliards d’euros. Un objectif difficilement acceptable pour la gauche. Les socialistes ont d’ailleurs annulé les réunions prévues cette semaine avec les ministres concernés.
Par Lucas Sarafian
Sous-traitants d’EDF : les sacrifié·es du parc nucléaire français
Enquête • 16 septembre 2026 libéré

Sous-traitants d’EDF : les sacrifié·es du parc nucléaire français

Chaque année, pour faire fonctionner les dix-huit centrales du pays, entre 20 000 et 40 000 sous-traitant·es sont employé·es par EDF pour les activités de maintenance. Une main-d’œuvre indispensable fortement exposée à la radioactivité et trop peu protégée, écoutée.
Par Céline Martelet
« Les fumées nous tuent à petit feu » : la colère des pompiers monte
Récit • 25 août 2026

« Les fumées nous tuent à petit feu » : la colère des pompiers monte

Quatre morts. Des centaines de pompiers blessés ou intoxiqués. Pas de cagoules véritablement protectrices, pas de détecteurs de monoxyde de carbone, des camions inadaptés. Les pompiers payent au prix fort l’absence de moyens et de logistique sur les feux de forêt.
Par Elina Barbereau