Enfant de la guerre, Mohamed Bagary dénonce l’oubli du Soudan

Enfant d’El-Fasher, ville du Soudan aujourd’hui ravagée par les massacres, le trentenaire vit à distance la perte de son frère, le drame de sa famille et de son peuple. Depuis la France, il s’efforce de faire entendre une tragédie ignorée.

Kamélia Ouaïssa  • 24 novembre 2025 abonné·es
Enfant de la guerre, Mohamed Bagary dénonce l’oubli du Soudan
Originaire d'El-Fasher, au Soudan, Mohamed Bagary, suit les massacres à distance et veut porter la voix des survivant·es de la guerre.
© Benjamin Beraud

Le 25 octobre, à 6 heures du matin, Mohamed Bagary tombe sur un message Facebook publié par les Forces de soutien rapide (FSR), les troupes responsables des tueries à El-Fasher, au Soudan : « Il n’y a pas de blessés, il n’y a pas de vivants, tout le monde est mort. » Sous le choc, il comprend que toutes les communications avec sa ville natale ont été coupées, laissant la population seule et vulnérable face aux milices.

Originaire d’El-Fasher, l’épicentre des massacres perpétrés fin octobre par les FSR, Mohamed Bagary a grandi dans une région ravagée par la guerre depuis 2003. « Je fais partie de l’ethnie zaghawa, toujours ciblée », explique-t-il. Enfant, il a été élevé dans les camps de réfugiés, dans la peur et la méfiance, il se décrit comme « un enfant de la guerre ».

Depuis 2023, deux groupes armés, les Forces armées soudanaises (FAS) et les Forces de soutien rapide (FSR) se livrent une guerre, entraînant en deux ans plus de 150 000 victimes et près de 13 millions de personnes déplacées. L'ONU qualifie cette guerre de « pire crise humanitaire depuis la seconde guerre mondiale ». Vingt ans plus tôt, déjà, « des milices brûlaient les villages, violaient les femmes et massacraient les hommes » pour déraciner les populations non arabes du Darfour. Des violences qui n’ont pas cessé depuis.

En 2017, il n’a plus d’autre choix que de fuir. « J’étais la cible première de ces milices. Soit je quitte le pays, soit je meurs. » Mohamed Bagary traverse d’abord le Sahara jusqu’en Libye, puis la Méditerranée sur une embarcation vers l’Italie. Arrivé en Normandie puis à Paris pour poursuivre ses études à l’Université Panthéon-Sorbonne.

Dans la capitale, il passe trois mois dans la rue, à la porte de la Chapelle. C’est là qu’il découvre, dit-il, « Paris et le peuple français ». Il se souvient de la générosité de ceux qui venaient, associations, organisations ou habitant·es, distribuer repas, couvertures, vêtements, ou simplement proposer une activité, une douche. « J’étais impressionné par la gentillesse de certain·es », raconte-t-il.

Cette solidarité inattendue convainc Mohamed que

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Monde Société
Publié dans le dossier
Soudan : l'horreur sous silence
Temps de lecture : 7 minutes

Pour aller plus loin…

Iran : du bazar de Téhéran aux provinces, une colère populaire sous haute surveillance
Analyse 8 janvier 2026

Iran : du bazar de Téhéran aux provinces, une colère populaire sous haute surveillance

Partie du cœur économique du pays, la contestation iranienne s’étend aux provinces, sur fond d’effondrement économique et de répression. Entre stratégies de division du pouvoir et débats sur l’issue politique du mouvement, les lectures des spécialistes restent contrastées sur un soulèvement à l’avenir incertain.
Par William Jean
Santé mentale des jeunes : la lente perdition
Analyse 7 janvier 2026

Santé mentale des jeunes : la lente perdition

Érigée en « grande cause nationale 2025 », prolongée en 2026, la question de la détresse juvénile ne semble apparaître qu’entre deux paroles politiques et plusieurs dizaines d’études, toutes alarmantes. Derrière les chiffres et le réel manque de moyens, les raisons du mal-être, elles, sont éludées.
Par Elsa Gambin
« Nous sommes là pour repérer des signes de mal-être, de décrochage »
Entretien 7 janvier 2026 abonné·es

« Nous sommes là pour repérer des signes de mal-être, de décrochage »

Comment accompagner les adolescents des quartiers prioritaires sur les questions de santé mentale ? Gilles Rondeau, directeur de la maison des adolescents de la Sarthe, revient sur l’implantation de son équipe depuis deux ans au sein des collèges en REP et REP+.
Par Elsa Gambin
Pédopsychiatrie : à Nantes, huit lits pour se remettre debout
Reportage 7 janvier 2026 abonné·es

Pédopsychiatrie : à Nantes, huit lits pour se remettre debout

Alors que la Loire-Atlantique reste particulièrement sous-dotée en lits de pédopsychiatrie, le CHU de la ville a ouvert en septembre 2025 l’unité Philae, qui accueille sur quelques jours des adolescents et des jeunes adultes en situation de crise psychique.
Par Elsa Gambin