À Marseille, la guerre des gauches aura bien lieu aux municipales
Portés par Sébastien Delogu, les insoumis entrent en campagne municipale sur un air de dégagisme, mettant à mal la majorité sortante dirigée par Benoît Payan. Au loin, la vague RN se fait déjà sentir.
dans l’hebdo N° 1891 Acheter ce numéro

© Clement MAHOUDEAU / AFP
Attraction politique. Le long du boulevard National, artère populaire du centre-ville de Marseille, une dizaine de militants déambulent, tracts à la main. Mais dans la deuxième ville de France, c’est surtout la présence de Sébastien Delogu qui retient l’attention des passants. Après des semaines d’attente, le député insoumis de la 7e circonscription des Bouches-du-Rhône a officialisé sa candidature à la mairie le 16 novembre. Depuis, il multiplie les apparitions publiques.
À en croire les encouragements lancés et les selfies demandés, celui qui rassemble quelque 447 000 abonnés sur Instagram jouit ici d’une popularité bien réelle. Il peut même s’appuyer sur un sondage réalisé par l’institut Cluster 17 et commandé par Politico, publié le 9 novembre. L’enquête d’opinion crédite l’élu des quartiers nord, qui a repris la circonscription aux macronistes en 2022, de 16 % d’intentions de vote au premier tour. De quoi nourrir de grandes ambitions.
Le 6 décembre, les insoumis lanceront officiellement leur campagne et sortiront l’artillerie lourde : le coordinateur national du mouvement, Manuel Bompard, et la militante contre les violences policières Assa Traoré. Ces velléités électorales pourraient embêter très sérieusement la majorité sortante, une alliance entre le Parti socialiste (PS), les Écologistes et le Parti communiste (PCF), dirigée par le maire Benoît Payan.
Cette union recueillerait 29 % des voix. À égalité avec une liste Rassemblement national (RN) menée par Franck Allisio. Ce dernier devancerait l’alliance entre les Républicains (LR) et les macronistes menée par Martine Vassal, la patronne du département des Bouches-du-Rhône, créditée de 23 %. Le scénario d’une prise de contrôle de la ville par l’extrême droite apparaît donc plus que jamais crédible sans un rassemblement de la gauche au second tour. Mais les deux camps portent des intérêts qui semblent aujourd’hui irréconciliables.
On veut rompre avec le système Gaudin-Guérini.
E.H. BounouarCar la stratégie nationale insoumise de devenir une force autonome majeure à gauche passe par des conquêtes municipales. Et dans la deuxième ville de France, les critiques contre le système politique local abondent. « On veut rompre avec le système Gaudin-Guérini », tacle El Hadi Bounouar, dit Hedi, directeur de campagne de Sébastien Delogu. Et pour cause, l’ancien maire de droite qui a régné pendant vingt-cinq ans revendiquait de faire de la politique clientéliste.
L’ancien président socialiste du conseil départemental a, quant à lui, été définitivement condamné dans l’« affaire Guérini », qui portait sur un système de favoritisme et de marchés publics truqués. Le message est clair : nouveaux arrivants sur la scène municipale, les insoumis misent sur le dégagisme. Au Printemps marseillais, cette alliance qui a fait gagner la gauche en 2020, on se dit « déçu par leur attitude ». « Nous n’avons pas pensé nos politiques publiques de façon électoraliste », s’insurge un membre de cette union, prenant en exemple les rénovations d’écoles du plan Marseille en grand.
Reconduction de l’alliance autour de Benoît PayanMais les insoumis avancent sur une ligne de crête. Ils veulent se créer un espace important à gauche mais ne ferment pas la porte en vue du second tour. « Si nous sommes les premiers à gauche, nous proposerons un accord pour battre l’extrême droite. Si nous sommes seconds, nous ferons des propositions qui permettent à chacune des
Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :
Pour aller plus loin…
En Dordogne, un potentiel candidat aux municipales poursuivi pour emploi de travailleurs sans-papiers
Budget : les raisons du naufrage de Lecornu
Procès FN-RN : « Ce procès affecte Le Pen personnellement, mais pas Bardella »