PMA, transition… Les corps queers à l’épreuve des lois

En France, les lois qui encadrent les droits reproductifs sont soumises, implicitement, à la logique méritocratique, reproduisant au passage des discriminations homophobes et transphobes.

Salomé Dionisi  • 17 décembre 2025 abonné·es
PMA, transition… Les corps queers à l’épreuve des lois
Lors de la Marche des fiertés LGBTQI de Vannes, le 11 mai 2024.
© ESTELLE RUIZ / HANS LUCAS VIA AFP

À quoi pensez-vous quand vous entendez le mot « méritocratie » ? Au travail ? À l’école ? En réalité, ce mot pourrait aussi vous évoquer l’autonomie corporelle. Depuis 2021, en France, la procréation médicalement assistée (PMA) est ouverte aux femmes dites seules et aux couples de femmes, après des mois de débats parlementaires et médiatiques. Depuis l’adoption de la loi bioéthique, les délais pour avoir accès à cet accompagnement s’allongent d’année en année : selon l’Agence de la biomédecine, les femmes qui se lancent dans ce processus attendent en moyenne dix-huit mois entre le premier rendez-vous et la première insémination.

Entre ces deux échéances, la prise en charge médicale du parcours remboursé par l’État impose de nombreuses étapes, parmi lesquelles des entretiens avec un·e psychologue… et une vérification de « la motivation des deux membres du couple ». Une étape qui semblerait ubuesque si elle était imposée aux couples hétérosexuels fertiles, alors même que les inégalités d’implication au sein des foyers sont documentées depuis des décennies.

« Le problème, c’est d’avoir un double standard qui force les personnes queers à montrer beaucoup plus d’engagement. Ce n’est pas exigé des parents hétéros, qui peuvent e reproduire sans avoir à demander l’autorisation. Ce décalage permet d’interroger qui on veut ou ne veut pas voir devenir parent. Je pense qu’on rejoint ici l’idée de la méritocratie », souligne Gabrielle Richard, sociologue etautrice de Faire famille autrement (éditions Binge). Le processus vise aussi à établir la « véracité » du couple, empêchant ainsi les personnes queers de se lancer dans une coparentalité entre ami·es ; pratique qui n’est pas encadrée chez les hétéros.

La sociologue déplore la standardisation du parcours : « Les dispositifs d’aide médicale à la parentalité sont conçus autour d’une norme hétéro. Les personnes queers ont donc l’impression de devoir s’y plier pour montrer qu’elles méritent d’être parents. » Et pour cause : le protocole est le même pour tous·tes, en couple hétéro, homo ou sans partenaire. Alors qu’elles ne présentent a priori pas de signe d’infertilité et qu’une des deux femmes ne portera pas l’enfant, les femmes lesbiennes doivent, comme le couple hétéro, se soumettre l’une et l’autre à une batterie d’examens médicaux parfois très invasifs.

L’épreuve de la « bonne » mère

Le parcours des combattant·es ne s’arrête pas au processus médical. Dans les couples lesbiens ayant recours à la PMA, la mère qui n’a pas porté l’enfant n’est pas reconnue comme parent d’emblée. Elle doit soit passer par une reconnaissance conjointe de l’enfant auprès d’un notaire avant même les inséminations (dispositif mis en place en 2021), soit se lancer dans une procédure d’adoption plénière La

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)

Pour aller plus loin…

À Saint-Avold, les gilets jaunes reprennent le rond-point
Reportage • 14 octobre 2026 abonné·es

À Saint-Avold, les gilets jaunes reprennent le rond-point

Depuis les premiers jours de la mobilisation lycéenne, une date est très attendue : celle du retour annoncé des gilets jaunes le 17 octobre. Une journée d’action lancée début septembre sur les réseaux sociaux pour protester notamment contre l’augmentation du prix de l’essence et du coût de la vie.
Par Céline Martelet
Mouvement lycéen : des aînés « fiers » et « admiratifs »
Luttes • 14 octobre 2026

Mouvement lycéen : des aînés « fiers » et « admiratifs »

Les lycéen·nes trouvent aussi du soutien parmi les militant·es engagé·es de longue date dans diverses luttes, qui accompagnent ce combat de la jeunesse avec un espoir renouvelé.
Par Kamélia Ouaïssa
Derrière les lycéen·nes, « la daronnerie est en colère »
Analyse • 14 octobre 2026 abonné·es

Derrière les lycéen·nes, « la daronnerie est en colère »

Depuis bientôt un mois, les lycéen·nes qui luttent pour leur avenir mènent un mouvement social de grande ampleur pour exiger notamment de meilleures conditions d’apprentissage. Dans leur sillage, et face à la répression qu’ils et elles subissent, des parents se mobilisent à leurs côtés. Certains sont organisés en collectif.
Par Pauline Migevant et Kamélia Ouaïssa
Maintien de l’ordre : 100 000 signatures et des années d’alertes contre les armes mutilantes
Violences • 13 octobre 2026

Maintien de l’ordre : 100 000 signatures et des années d’alertes contre les armes mutilantes

Après plusieurs mutilations de lycéens, une pétition réclame l’interdiction de plusieurs armes et techniques policières lors des manifestations lycéennes. Une demande loin d’être récente malgré des avertissements répétés, jusqu’aux Nations unies.
Par Maxime Sirvins