Les revenants du mythe entrepreneurial
Ils ont cru au récit de l’aventure entrepreneuriale, mais dans les faits, ils se sont surtout confrontés à une réalité bien moins glamour et aux limites d’un modèle idéalisé. Les revenants de l’entrepreneuriat racontent leur retour vers le salariat.
dans l’hebdo N° 1893-1895 Acheter ce numéro

© Riccardo Milani / Hans Lucas via AFP
Des messages apparaissent partout sur les réseaux, notamment sur X, où les témoignages affluent : « J’ai pris une décision, je quitte l’entrepreneuriat et je vais vers un CDI » ; « Après trois ans, j’ai fermé mon autoentreprise » ; « Fini l’entreprenariat, je retourne à ma blouse d’infirmière et à la stabilité. » Ces posts font un constat commun : l’entrepreneuriat peut être épuisant et instable, loin du récit glamour de liberté et succès.
Depuis 2008 et la création du régime de l’autoentrepreneur, l’expérience s’inscrit dans un large mouvement national. En 2024, la France a enregistré un nouveau record avec 1 111 200 créations d’entreprises, un chiffre évidemment porté par la promotion continue du micro-entrepreneuriat, encouragé et relayé par diverses institutions. Sur le site de France Travail, on voit ainsi des articles du type « 5 (très) bonnes raisons de se lancer dans l’entrepreneuriat social ».
Dans l’espace public, la figure de l’entrepreneur relève moins d’une réalité sociologique que d’une représentation idéalisée. Dans Le Mythe de l’entrepreneur, Anthony Galluzzo, maître de conférences en sciences de gestion à l’université de Saint-Étienne, rappelle que l’entrepreneur tel qu’on nous le présente est avant tout « une catégorie du discours », un personnage façonné par les médias, les magazines et les films.
Se lancer dans l’aventure répondrait à l’attrait du récit de réussite qui structure notre imaginaire collectif : la prospérité financière à l’américaine ; le modèle de la girlboss, archétype de la femme entreprenante, puissante et inspirante ; et plus largement la promesse d’un épanouissement professionnel et personnel. Anthony Galluzzo souligne que cette construction discursive permet de « simplifier la vie économique en la théâtralisant », où l’ascension dépendrait principalement de la volonté individuelle.
Une indépendance imposéeCette mythification de l’entrepreneuriat, présenté comme la promesse d’un accomplissement personnel, cache une réussite individuelle qui dépend souvent de facteurs sociaux et matériels bien plus complexes.
Parfois, l’indépendance n’est pas un choix : elle s’impose comme une nécessité. C’est le cas pour Brahim Ben Ali, originaire de Roubaix. « Votre adresse suffit pour que des employeurs vous ferment la porte », confie-t-il. Confronté à la
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