Christophe Gleizes ne doit pas être oublié, il doit être libéré

Le journaliste sportif français a été condamné, en appel le 3 décembre, à sept ans de prison par un tribunal algérien. Si la profession journalistique est sous le choc et se mobilise, on ne peut que s’étonner du peu de cas fait par L’Équipe au sort de ce confrère.

Pauline Bock  • 8 décembre 2025
Partager :
Christophe Gleizes ne doit pas être oublié, il doit être libéré
© Reporters sans frontières

Christophe Gleizes est journaliste. Son seul tort est d’avoir voulu exercer son métier. Mais il a été condamné, en appel le 3 décembre, à sept ans de prison par un tribunal algérien. La même peine qu’en première instance. Le journaliste sportif de 36 ans, qui collaborait à Society et So Foot, est condamné pour « apologie du terrorisme » et doit retourner derrière les barreaux de Tizi-Ouzou. Reporters sans frontières a dénoncé une « décision consternante ».

Il était entré en Algérie en 2024, avec un visa de tourisme, pour enquêter sur le club de foot de la Jeunesse sportive de Kabylie. Mais pour le parquet algérien, « l’accusé n’est pas venu en Algérie pour accomplir un travail journalistique mais [pour commettre] un acte hostile ». Gleizes a eu la malchance de contacter, dans son enquête, le président du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK), qui est considéré comme un mouvement terroriste par les autorités algériennes.

Sur le même sujet : Algérie : le journaliste Christophe Gleizes emprisonné

À son procès en appel, Gleizes a reconnu des erreurs et demandé la « clémence » du tribunal. Qui ne lui a donc pas été accordée. Sa seule issue désormais serait une grâce du président algérien Abdelmadjid Tebboune, mais celle-ci ne peut advenir qu’après une condamnation définitive, et le journaliste peut encore se pourvoir en cassation.

Sous le choc

Ses proches sont « sous le choc », la profession journalistique aussi. « Toute la rédaction de So Press reste au soutien de Christophe et de sa famille », peut-on lire dans l’article que So Foot a publié au sujet de leur « collègue et ami ». « Christophe Gleizes doit être libéré », a appelé la directrice de Mediapart dans un éditorial« La place des journalistes n’est jamais en prison. » La Société des journalistes (SDJ) d’Arrêt sur images était signataire, fin novembre, d’une tribune appelant à sa libération, et rappelant que la liberté de la presse ne peut pas être prise en otage. La SDJ du premier quotidien sportif français, l’Équipe, la signait également.

Sur le même sujet : Algérie-France, la maladie nationaliste

La rédaction de L’Équipe connaît actuellement d’importantes turbulences : mi-novembre, une motion de défiance a été votée à l’encontre du directeur des rédactions, arrivé en janvier. Des postes de journalistes risquent d’être supprimés. Mais même en ayant conscience de la crise que connaît le journal, on ne peut que s’étonner du peu de cas fait par le quotidien au sort de Christophe Gleizes, journaliste spécialisé dans le football. La une du 4 décembre, lendemain de sa condamnation en appel, concernait la Coupe du monde de rugby de 2027, soit un événement qui aura lieu dans… deux ans.

La place d’un journaliste n’est jamais, et ne sera jamais, en prison.

Seul un petit encadré déclarait du « soutien à Christophe Gleizes » en rappelant que « l’Algérie maintient sa lourde peine en appel ». Sur la une du même jour du quotidien le Parisien, pourtant pas spécialisé dans l’actualité sportive, l’encart consacré à Gleizes était bien plus conséquent. Dans L’Équipe du 4 décembre, il fallait attendre la page 24 pour lire le détail de la condamnation et du sort du journaliste. Dans l’édition du 5 décembre, il n’y a déjà plus rien le concernant. Si même le plus grand journal sportif de France n’appelle pas à sa libération en première page, qui le fera ?

Nous devons le répéter, le clamer en une(s) et en gros caractères : Christophe Gleizes ne doit pas être oublié. Il doit être libéré. La place d’un journaliste n’est jamais, et ne sera jamais, en prison.

Recevez Politis chez vous chaque semaine !
Abonnez-vous
Publié dans
Sur le gril

Chaque semaine, retrouvez la chronique médias en partenariat
avec

Temps de lecture : 3 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Iran : la propagande israélienne « en exclusivité » sur Franceinfo
Sur le gril 9 mars 2026

Iran : la propagande israélienne « en exclusivité » sur Franceinfo

L’ambassadeur d’Israël en France, Joshua Zarka, a pu dérouler tranquillement son argumentaire guerrier à l’antenne, face à un intervieweur qui a tout fait pour ne pas froisser son invité. Et tant pis pour la propagande glaçante et les mensonges.
Par Pauline Bock
Némésis et les guet-apens néonazis : mais où est donc passée l’info de L’Huma dans les médias ?
Sur le gril 3 mars 2026

Némésis et les guet-apens néonazis : mais où est donc passée l’info de L’Huma dans les médias ?

L’Huma a révélé la proposition du groupe fémonationaliste au groupuscule « nationaliste révolutionnaire » Audace Lyon de servir d’appât dans leurs projets d’agressions de militants de gauche à Lyon. Cette enquête, bien que reprise par BFM, n’a pas dévié la presse dominante dans sa condamnation unanime de la mouvance antifa.
Par Pauline Bock
« Travail, famille, patrie » sur BFM : où sont les journalistes ?
Sur le gril 23 février 2026

« Travail, famille, patrie » sur BFM : où sont les journalistes ?

Lors d’un débat sur les municipales à Marseille, la candidate de l’union de la droite Martine Vassal a repris la devise pétainiste, sans que ça ne perturbe les trois journalistes sur le plateau, dont l’autoproclamée « féroce » Apolline de Malherbe.
Par Pauline Bock
« Routard du viol » : quand Le Parisien traite de pédocriminalité
Sur le gril 16 février 2026

« Routard du viol » : quand Le Parisien traite de pédocriminalité

Un homme de 79 ans, Jacques Leveugle, a été mis en examen et placé en détention provisoire en 2024 pour « des viols et agressions sexuelles aggravés commis sur 89 mineurs pendant 55 ans ». Le journal Le Parisien a préféré, lui, mettre l’accent sur l’esprit « routard », comme si le viol était un voyage, presque une expérience touristique.
Par Pauline Bock