Comment la France légitime l’expulsion des sans-papiers qu’elle fabrique

En rendant la régularisation toujours plus difficile, l’Etat fabrique des personnes sans papiers, dont il légitime l’enfermement et l’expulsion à la fois en les criminalisant et les déshumanisant.

Pauline Migevant  • 27 janvier 2026
Partager :
Comment la France légitime l’expulsion des sans-papiers qu’elle fabrique
Le 23 août 1996, évacuation de l'église Saint-Bernard à Paris, où 300 personnes s'étaient s'étaient réfugiées.
© THOMAS COEX / AFP FILES / AFP

En 2024, la loi asile et immigration allongeait la durée d’exécution des obligations de quitter le territoire français (OQTF) d’un à trois ans, et ôtait la protection dont certaines personnes bénéficiaient, comme les étrangers arrivés en France avant leurs 13 ans ou les parents d’enfants français. Avec la circulaire Retailleau de janvier 2025, qui restreint les critères de l’admission exceptionnelle au séjour, la délivrance des titres a chuté de 42 % au cours des neuf premiers mois de 2025, d’après Le Monde.

Sur le même sujet : La « fabrique à sans-papiers »

Des personnes sont ainsi « illégalisées » du fait du durcissement de la loi ou du délai des préfectures pour donner des rendez-vous. Pour les déshumaniser, médias et politiques de droite extrême et d’extrême droite n’hésitent pas à parler de « clandestins », d’« illégaux », voire des « OQTF », un terme repoussoir désormais employé non pas pour désigner une mesure administrative mais les personnes qui la subissent.

En France la machine à enfermer et à expulser est en marche depuis longtemps.

De quoi légitimer enfermements en centre de rétention administrative (CRA) et expulsions, qui sont au cœur des politiques migratoires française et européenne, et dont tout est fait pour cacher la violence. Ce week-end, le conseiller d’État nommé sous Nicolas Sarkozy, Arno Klarsfeld, lâchait sur CNews : « Si on veut se débarrasser des OQTF, il faut organiser […] un peu partout des sortes de grandes rafles. » Un projet raciste directement inspiré des agissements de l’ICE, la police anti-immigration états-unienne.

Sur le même sujet : Dossier : Racisme d’État : l’expulsion au mépris des vies

Mais, à l’heure où la menace de l’extrême droite n’a jamais été aussi forte, n’oublions pas qu’aux États-Unis les expulsions ont commencé bien avant Trump. Et qu’en France la machine à enfermer et à expulser est aussi en marche depuis longtemps. Une réalité dont peu de gens ont conscience, tant la voix des personnes expulsées est effacée du débat public. Dans ce dossier, nous leur donnons la parole.

Tout Politis dans votre boîte email avec nos newsletters !
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

À Nanterre, dans la cité Pablo Picasso, des habitants montent au front contre leur bailleur
Reportage 13 mars 2026 abonné·es

À Nanterre, dans la cité Pablo Picasso, des habitants montent au front contre leur bailleur

La tour 19 de la célèbre cité, comptant 38 étages et près de 180 logements, est privée de certains de ses ascenseurs depuis plusieurs mois. Une problématique qui s’ajoute à une insalubrité de plus en plus criante. Les habitants se mobilisent contre le bailleur, Nanterre Coop Habitat.
Par Pierre Jequier-Zalc
« La vraie opposition, c’est les puissants contre les précaires, pas les Calaisiens contre les exilés »
Entretien 13 mars 2026

« La vraie opposition, c’est les puissants contre les précaires, pas les Calaisiens contre les exilés »

Face à la maire Natacha Bouchart et à la poussée de l’extrême droite, la liste « Calais à gauche toute » veut rompre avec la politique d’hostilité menée contre les personnes exilées. Juliette Delaplace, figure associative et numéro deux de la liste, détaille comment une municipalité peut résister à la militarisation de la frontière.
Par Pauline Migevant
Familya, l’association pro-Stérin qui menace le Planning familial
Enquête 12 mars 2026 abonné·es

Familya, l’association pro-Stérin qui menace le Planning familial

Avec ses cadres issus de la sphère réactionnaire et ses financements catholiques anti-IVG, dont le Fonds du bien commun du milliardaire d’extrême droite Pierre-Édouard Stérin, Familya profite des caisses exsangues du Planning familial et de la négligence des pouvoirs publics pour asseoir sa vision conservatrice de la famille.
Par Chloé Bergeret
Associations : l’enjeu oublié des municipales
Enquête 11 mars 2026 abonné·es

Associations : l’enjeu oublié des municipales

Partout en France, des maires se portent au chevet des associations, dont le rôle de lien social est essentiel dans les villes et quartiers populaires. Mais compenser le désengagement de l’État leur est souvent impossible.
Par Lucas Sarafian