« Donald Trump donne un permis général pour un Far West global »
Directeur de recherches à l’Iris et spécialiste de l’Amérique latine, Christophe Ventura dresse un panorama des rapports de force à Caracas, alors que le président Maduro, kidnappé par les États-Unis dans la nuit du vendredi 2 janvier, a été présenté devant la justice américaine.
dans l’hebdo N° 1896 Acheter ce numéro

© Jim WATSON / AFP
Le chercheur spécialiste du Venezuela et de l’Amérique latine, directeur de recherches à l'Iris, Christophe Ventura analyse l’opération militaire de kidnapping du président Maduro à Caracas par les forces spéciales états-uniennes. Exemple rare de violation du droit international, elle rebat les cartes sur tout le sous-continent latino-américain, dans une stratégie impériale affirmée de Washington. Et ouvre la voie à toutes les agressions impériales à travers le globe.
Quels méthodes et moyens ont été utilisés par les États-Unis pour réaliser ce qu’il faut bien appeler le « kidnapping » de Nicolás Maduro par leurs forces armées à Caracas dans la nuit du vendredi 2 janvier 2026 ?
Christophe Ventura : Sur le plan technique, il s’agit d’une opération foudroyante, puissante, très brutale, usant de la force militaire pure. On sait maintenant qu’il s’agit d’un vrai kidnapping, même si Trump et son administration ont tout de suite introduit un élément de langage pour la qualifier : celui de la « capture », terme qui renvoie au langage de la criminologie. On est allé chercher un délinquant, un voleur, en tout cas pas un chef d’État. C’est donc bien une opération d’enlèvement.
Il y a quelques précédents, mais assez peu finalement. Il y a eu Jean-Bertrand Aristide en Haïti en 2004, mais dans des conditions assez différentes puisqu’il y avait une insurrection généralisée qui prenait la forme d’un coup d’État et les États-Unis l’ont fait finalement exfiltrer par leurs forces de sécurité. Ce qui vient de se passer est donc plutôt inédit.
On rappelle aussi ces derniers jours le cas de Noriega, président du Panama…
En fait, non, c’est vraiment différent. Dans le cas de Noriega, il y a eu l’invasion du Panama avec près de 30 000 soldats fin 1989, puis une occupation terrestre du pays. Cette fois, on est dans une opération « coup de poing » qui a duré à peine plus d’une heure et demie. C’est tout un complexe militaro-sécuritaire entourant quasiment le Venezuela, qui a permis aux États-Unis de puiser des ressources militaires, soit en avions, en télécommunications, en systèmes de brouillage des radars, etc.
C’est donc bien une opération assez inédite par son ampleur et sa logistique.
Oui, c’est tout à fait différent de l’invasion du Panama pour Noriega fin 1989, ou de celle de la Grenade en 1983, qui étaient d’abord des débarquements et des occupations par les Marines, comme par le passé. Quant à Aristide en 2004, les forces au sol engagées étaient plus réduites en nombre. Ici, il s’agit d’une opération spécifique de décapitation de la direction de l’État vénézuélien. Mais avec deux modèles. D’abord, elle emprunte à l’opération contre Ben Laden au Pakistan et, d’autre part, aux techniques de l’armée israélienne, notamment lors de l’opération à Entebbe en Ouganda contre la prise d’otages d’un avion de ligne en 1976. Cette fois, les moyens militaires étaient bien supérieurs, avec une grosse attaque aérienne au départ.
Quels sont les objectifs de cet enlèvement ?
D’abord, le pétrole, principalement. Car les États-Unis n’ont jamais digéré la « révolution bolivarienne », c’est-à-dire le fait que les bénéfices pétroliers reviennent principalement au Venezuela, le reste allant aux multinationales états-uniennes, plus marginalement française (Total), britanniques ou espagnole. Les États-Unis étaient furieux contre Chavez. Quand Trump dit « le pétrole vénézuélien est à nous », il fait référence à cette longue histoire qui leur est restée en travers de la gorge !
Il faut se rappeler que ce sont des investissements états-uniens et occidentaux qui ont exploité le pétrole dès sa découverte, vers 1910. Jusqu’à ce que les Britanniques soient éconduits par les sociétés
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