Face aux complotistes, la défense transphobe de Brigitte Macron
Les dix personnes ayant cyberharcelé Brigitte Macron ont été condamnées ce lundi 5 janvier. Pour se défendre, celle-ci a opté pour des arguments transphobes.
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© Anne-Christine POUJOULAT / AFP
Ce 5 janvier, les dix personnes accusées d’avoir cyberharcelé Brigitte Macron ont été condamnées à des peines allant jusqu’à six mois de prison avec sursis. C’est la deuxième affaire d’une série judiciaire, en France et aux États-Unis, autour de la rumeur de la transidentité de l’épouse du président. Cette rumeur, née en 2021 et propagée sur internet par les milieux d’extrême droite, doit d’abord être resituée dans le contexte de l’offensive mondiale contre les droits des personnes trans, dont l’épicentre se trouve dans les États-Unis de Donald Trump.
Analyser dans le moindre détail les photos et les comportements des femmes trans qui osent s’exposer publiquement est déjà une pratique de harcèlement bien ancrée sur Internet : les femmes trans ne seraient pas des « vraies femmes » puisque « ça se voit toujours », et ne devraient par conséquent pas avoir les mêmes droits.
La transidentité n’est pas un secret honteux : aucune personne trans n’a à la rendre publique si elle ne le souhaite pas.
La rumeur autour de Brigitte Macron n’est que le miroir de cette pratique : à force d’inventer des critères absurdes pour débusquer les femmes trans, on finit par en voir partout. Et lorsqu’elle traite des militantes de « sales connes », même son antiféminisme devient prétexte à raviver la rumeur. Brigitte Macron est pourtant connue pour être une femme de droite.
C’est d’ailleurs parce qu’elle est de droite qu’elle n’a pas choisi la solidarité avec les femmes trans : c’est même tout le contraire. Dans le premier procès commencé en 2024, elle portait plainte pour diffamation contre deux femmes. Si la dimension transphobe de la rumeur est assez évidente, c’est parce qu’elle repose sur le présupposé que la transidentité est une information qu’il faudrait révéler, une sorte de vérité infamante.
Or, la transidentité n’est pas un secret honteux : aucune personne trans n’a à la rendre publique si elle ne le souhaite pas, et l’approche correcte en droit serait de dire que c’est un élément de vie privée, au même titre que l’orientation sexuelle, la religion ou les convictions politiques.
Précédent dangereux
C’est d’ailleurs ce qu’a affirmé la cour d’appel dans le précédent procès : « Avoir effectué une transition de genre […] ne saurait caractériser une atteinte à l’honneur. » Mais, si le couple Macron avait changé de stratégie judiciaire en se concentrant sur le cyberharcèlement, leur communication était la même : « Il s’agit de défendre mon honneur ! », affirmait le président de la République en août dernier.
En allant jusqu’aux États-Unis pour un nouveau procès où elle annonce qu’elle produira des preuves « scientifiques », Brigitte Macron crée un précédent dangereux pour toutes les femmes. Malgré les tentatives de retour des « tests de féminité » dans diverses fédérations sportives à la suite des paniques transphobes, il n’existe scientifiquement pas de « vérité biologique » qu’elle puisse rendre publique et qui annulerait irrévocablement la multiplicité des possibles situations des personnes trans et intersexes.
L’épouse du président a surtout fait une affaire de premier plan d’une rumeur jusque-là confinée aux milieux d’extrême droite.
L’important n’est pas que Brigitte Macron soit trans ou non : on ne peut pas savoir, et peu importe. À force de vouloir défendre qu’elle serait une « vraie femme », l’épouse du président a surtout fait une affaire de premier plan d’une rumeur jusque-là confinée aux milieux d’extrême droite.
Même sans cibler nommément les personnes trans, les blagues sur les puissants qu’il est naturel d’entendre au travail, au café ou au club de sport prennent maintenant fréquemment une tournure transphobe, rendant tous les espaces du quotidien plus violents encore qu’ils ne l’étaient déjà.
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