Procès FN-RN en appel : Marine Le Pen coule et embarque les coaccusés avec elle
Devant la cour d’appel, la présidente des députés RN tente de faire tomber l’élément central du jugement, celui qui la place à la tête d’un détournement organisé. Pour y parvenir et sauver 2027, elle concède des « ambiguïtés » et laisse l’addition politique à ses proches.

© Benoit PEYRUCQ / AFP
Deux journées d’audition devant la cour d'appel de Paris, mardi 20 janvier après-midi puis mercredi 21 toute la journée, pour une ligne de défense calibrée au millimètre. Marine Le Pen joue son avenir politique. Le 31 mars 2025, le tribunal l’avait condamnée à quatre ans de prison – dont deux ferme aménageables sous bracelet électronique –, 100 000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité, avec exécution provisoire. En appel, l’enjeu est clair : faire tomber le verrou à sa candidature pour 2027. Pour se faire, la députée n’hésite pas à sacrifier d’autres membres du parti.
« Je ne sais pas »À la barre, le contraste avec plusieurs coprévenus est frappant. Eux ont concédé, au moins un peu : regrets, maladresse et « zone grise ». Cet élan de remords, même partiel, a un avantage stratégique : admettre la matérialité des faits tout en cherchant à en retirer l’intention. De son côté, Marine Le Pen s’y refuse. Elle reste sur l’objectif d’une relaxe, n’ouvrant que de minuscules portes de sortie, toujours présentées comme des négligences individuelles et des confusions administratives.
Il s'agit de faire admettre qu'il n'y a pas de cheffe d’orchestre.
« Je ne sais pas », « jamais de consigne d’embauche », pas de « système » et des situations à regarder « au cas par cas ». L’objectif est de casser la narration du parquet et des parties civiles d’un dispositif structuré qui utilise les enveloppes d’assistants parlementaires pour rémunérer des permanents du parti. À défaut de convaincre que rien n’a existé, il s’agit de faire admettre qu’il n’y a pas de centre de gravité, pas de chaîne décisionnelle, donc pas de cheffe d’orchestre.
« Au courant de rien »Le problème, pour elle, est que ce dossier est rempli de documents. Des organigrammes, des mails, des tableaux, des contrats. Quand la cour revient sur les pièces qui contredisent la version d’une simple addition d’erreurs individuelles, Marine Le Pen distribue les responsabilités sur l’entourage, de préférence sur ceux qui sont absents, affaiblis, disqualifiés politiquement voire morts, comme son propre père. « Au courant de rien » donc, mais entourée d’exécutants qui auraient, eux, multiplié les initiatives et les approximations.
Catherine Griset, proche historique, embauchée comme assistante parlementaire accréditée, était censée résider à Bruxelles et travailler au Parlement. Or, la cour confronte la présidente des députés RN à des organigrammes internes où Griset apparaît comme « assistante de la présidente » puis « cheffe de cabinet », avec un bureau au siège du parti. Sous l’insistance de la présidente, Marine Le Pen concède une « ambiguïté » et admet avoir « laissé traîner » une régularisation. Un aveu à demi-mot. L’ambiguïté existe, mais elle serait née d’une impossibilité pratique de distinguer, au quotidien, la présidente de parti et la députée européenne. La faute ne reposerait pas sur une stratégie : ce serait une négligence.
Marine Le Pen reconnaît une réalité embarrassante, sans jamais en
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