« Rien de plus qu’un peu de moelle » : rire et résister avec Rabelais

Avec Rien plus qu’un peu de moelle, Malte Schwind et sa compagnie En Devenir 2 livrent un dialogue passionnant et ludique avec l’œuvre de François Rabelais. Ils en font notre contemporain, notre compagnon pour la vie et la lutte.

Anaïs Heluin  • 23 janvier 2026 abonné·es
« Rien de plus qu’un peu de moelle » : rire et résister avec Rabelais
Afin d’égaler avec leurs moyens théâtraux l’impressionnante inventivité langagière de Rabelais, les interprètes déploient bien d’autres façons de donner vie au français parlé par Pantagruel et compagnie.
© Cie En devenir 2

Avec son titre Rien plus qu’un peu de moelle, Malte Schwind annonce d’emblée la saveur : c’est un français qui n’a plus cours que parlent les interprètes de ce spectacle. Cette langue est celle de François Rabelais. Le metteur en scène l’a pratiquée pendant deux ans avec les cinq acteurs et actrices qu’il a rassemblés pour cette aventure, dont la force et la singularité sont d’autant plus saisissantes que la compagnie En Devenir 2 qui la porte est peu connue sur nos scènes.

Les artistes présentent la littérature rabelaisienne comme une énigme qu’il s’agit de résoudre collectivement.

Afin de mener sa quête d’« une fraternité quelconque à travers le rapport entre les comédiens et les spectateurs, et le texte qu’ils partagent », Malte Schwind a fondé et tient depuis 2017 un lieu de vie et de création à Marseille, La Déviation. Choisir d’aborder Rabelais après avoir travaillé sur Les Métamorphoses d’Ovide – et avant, encore, sur Artaud, Hölderlin et Robert Walser – est donc pour cet artiste une façon de creuser un chemin de traverse théâtral, où le poétique est chose centrale et profondément politique. 

Narration gesticulée

En excellent connaisseur, Malte Schwind, avec sa compagnie, se saisit de la vaste œuvre de Rabelais par son milieu. Le tonitruant « Bonnes gens, Beuveurs tresillustres, et vous Goutteux tresprescieux » est en effet extrait du Tiers-Livre paru en 1546, soit quatorze ans après Pantagruel, dont le héros éponyme est le cœur battant de la pièce. L’apostrophe est attribuée au philosophe Diogène, qui, en plein siège de Corinthe, entreprend de faire rouler son tonneau.

(Domaine public.)

En plaçant ce geste au seuil de leur pièce, les artistes présentent la littérature rabelaisienne comme une énigme qu’il s’agit de résoudre collectivement. C’est à Éloïse Guérineau qu’il revient d’initier le mouvement, avec un récit de

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Théâtre
Temps de lecture : 4 minutes