L’égoïsme, stratégie de survie dans le néolibéralisme triomphant

Le sociologue Camille Peugny met en lumière une droitisation socio-économique de la France. Avec le rejet de l’État-providence et l’individualisation des parcours, le chacun-pour-soi s’impose progressivement

François Rulier  • 4 février 2026 abonné·es
L’égoïsme, stratégie de survie dans le néolibéralisme triomphant
© PHILIPPE TURPIN / Photononstop via AFP

L’égoïsme serait le comportement par excellence d’une société travaillée depuis quarante ans par des politiques néolibérales : voilà ce qu’affirme le sociologue Camille Peugny dans Le Triomphe des égoïsmes. Pourtant, fin 2024, le sociologue Vincent Tiberj défendait l’idée que la droitisation de la France serait largement un mythe. Si celle-ci existe « par le haut », dans les espaces médiatique, politique ou intellectuel, les études démontent l’idée d’une « droitisation par le bas ». Au contraire, une « révolution silencieuse » s’opère : les Français sont toujours plus tolérants et ouverts à la diversité.

En discussion avec la thèse de Vincent Tiberj, Camille Peugny soutient que l’égoïsme – un comportement défini comme l’attachement à son propre intérêt au détriment de l’intérêt collectif – progresse. L’analyse ne se veut ni morale ni psychologisante : l’égoïsme est ainsi une « contrainte sociale généralisée ». Les politiques néolibérales transforment les solidarités d’hier en espaces de concurrence pour des places et des ressources toujours plus limitées, tout en faisant reculer l’État social. Ce recul qui fait perdre à l’État son rôle protecteur entraîne une « lutte pour la survie » entre les individus, forcés à devenir égoïstes.

Camille Peugny reconnaît avec Vincent Tiberj que le libéralisme culturel s’impose en France. En revanche, il nuance la force de l’attachement à l’État-providence et à la lutte contre les inégalités : en réalité, les « classes moyennes supérieures », soit l’alliance des classes moyennes stabilisées et des classes supérieures, connaîtraient un « virage à droite ».

Alors même que ces classes sociales étaient marquées par des « valeurs de gauche » à la fin des années 1970, les valeurs néolibérales, insistant sur le mérite, la libre concurrence et la responsabilité individuelle, s’imposeraient progressivement. Or ces classes sociales ont acquis un rôle de modèle pour

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