Le plein-emploi, « ce n’est pas un échec, ça n’a pas marché »
L’Insee a publié les nouveaux chiffres du chômage ce mardi 10 février. En atteignant 7,9 %, le taux de chômage poursuit sa hausse entamée il y a un an, renvoyant l’objectif macroniste du plein-emploi au rang de fantasme.

© Benoit Tessier / POOL / AFP
Taper sur les précaires n’aura donc servi à rien. On a eu beau l’écrire, avec d’autres, des dizaines de fois, donné la parole aux meilleurs spécialistes du sujet qui prédisaient ce résultat, mettre en avant des études plus que parlantes de la Drees, rien n’y a fait. La Macronie s’est enfermée dans une obsession : atteindre le plein-emploi d’ici à 2027. Et pour y arriver, toujours la même recette, utilisée, réutilisée et ré-réutilisée : affaiblir les droits des chômeurs et, par extension, de tous les salariés en général. Une politique de l’offre, largement chroniquée dans nos colonnes, dont les effets attendus et vendus par les décideurs macronistes ne cessent de se fracasser sur la réalité.
Ce mardi 10 février, l’Insee a publié les nouveaux chiffres du chômage. Et la tendance observée ces derniers trimestres se poursuit. En atteignant 7,9 %, le taux de chômage remonte fortement et est à son plus haut niveau depuis la période covid. Une forme de paradoxe pour Emmanuel Macron, qui s’est longtemps targué – bien aidé par ses soutiens – d’être le président qui atteindrait le plein-emploi [qu’on définit comme un taux de chômage inférieur à 5 %, N.D.L.R.].
Mais la fin de règne est de plus en plus laborieuse. Et, alors que François Hollande avait été le président ne réussissant pas à inverser assez vite la courbe du chômage – ce qui avait plombé ses chances d’envisager de se représenter – Emmanuel Macron sera donc celui qui aura réussi son inversion… mais dans le mauvais sens.
Un comble quand on se rappelle comment ce président était présenté comme celui qui relancerait un marché du travail « entravé » par toutes les normes sociales et par les droits sociaux – bien trop importants en France, selon les néolibéraux. Deux quinquennats, des ordonnances détricotant le Code du travail, trois réformes de l’assurance-chômage plus violentes les unes que les autres, et une loi « plein-emploi » qui attaque les allocataires du RSA plus tard, le compte n’y est pas, loin de là.
Emmanuel Macron sera donc le président qui aura réussi l’inversion de la courbe du chômage… mais dans le mauvais sens.
Et l’appel, en novembre 2023, du chef de l’État à ses troupes n’y a rien changé. « Réveillez-vous, nous n’y sommes pas ! », s’était exclamé Emmanuel Macron. Plus de deux ans plus tard, nous y sommes encore moins, avec une hausse de 0,5 point du taux de chômage par rapport à cette période. Faut-il dire que c’est un échec ? Non, « ça n’a pas marché », répondront les plus taquins, en référence à cette formule, pour le moins alambiquée, pour se défendre du bilan catastrophique de l’application StopCovid.
Mais, cet échec est loin d’être sans conséquences. Non pas pour la Macronie, en déliquescence depuis de trop long mois, et dont le bilan ne cesse de se réduire à peau de chagrin au fil des promesses non-tenues. Non, les vraies conséquences de cette nouvelle hausse du chômage sont bien pour les chômeurs et les chômeuses. 56 000 de plus en catégorie A par rapport au trimestre précédent. 2,3 millions en tout. Autant de personnes durablement affectées par les saignées respectives de leurs droits.
Un nouveau calcul du salaire journalier de référence qui a baissé les indemnités, une baisse de la durée d’indemnisation de 25 %, une période de travail allongée pour ouvrir des droits, une présomption de démission pour les abandons de poste, une augmentation massive des contrôles… Autant de réformes menées au pas de charge qui ont affaibli durablement le droit des demandeurs d’emploi, alors même qu’une étude réalisée par l’institut statistique du ministère du Travail estime qu’entre 25 % et 42 % des chômeurs indemnisables n’ont pas recours à l’assurance-chômage.
En 2023, 36,1 % des chômeurs et chômeuses vivaient sous le seuil de pauvreté, contre « seulement » 6,1 % des salariés. Des chiffres sans appel qui viennent, encore et toujours, drastiquement remettre en cause le mythe du chômeur profiteur. Désormais, pour les justifier, le pouvoir se cache derrière des arguments conjoncturels, remettant la faute sur l’inflation ou les tensions géopolitiques.
Si le chômage remonte, la rémunération des actionnaires des entreprises du CAC 40 n’a jamais été aussi élevée.
Ce que démontrent uniquement les chiffres du chômage, c’est l’échec cuisant de la politique économique menée depuis plus de dix ans. Car quand ils ont baissé, entre 2015 et 2020, c’était en pleine période de reprise économique, une reprise européenne. La baisse du taux de chômage sur cette période n’a d’ailleurs rien de formidable en comparaison de plusieurs de nos pays voisins – qui, pour certains, ont mené d’autres politiques. Aujourd’hui, alors que la croissance est atone, on observe bien que les évolutions du fameux taux suivent, avant tout, le contexte économique. Et qu’affaiblir durablement les droits sociaux, maintenir les trappes à bas salaires, refuser toute hausse du SMIC, n’empêche pas le chômage de remonter.
Les mécanismes qui animent le marché du travail sont bien plus complexes et bien plus intriqués au capitalisme ultralibéralisé. Baisser le coût du travail et ses protections, en considérant les travailleurs tels une marchandise comme une autre, ne crée pas d’emploi. En revanche, baisser significativement la fiscalité sur le capital engraisse durablement les actionnaires. Car si le chômage remonte, la rémunération des actionnaires des entreprises du CAC 40 n’a jamais été aussi élevée. 107 milliards d’euros ont été reversés par ces entreprises en 2025. Du jamais vu. Ni investissement, ni ruissellement. Bye-bye le plein-emploi, bonjour la rente.
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