Féministes contre la marche à la guerre et l’armement des génocides
Face au réarmement et à la militarisation des sociétés européennes, des militantes féministes et antiracistes alertent sur l’économie de guerre qui s’installe. Elles appellent à lier luttes sociales, décoloniales et antimilitaristes pour faire front contre le fascisme.

© Yoan VALAT / POOL / AFP
Nous sommes actuellement témoins d’une séquence de militarisation de la société. La mise en égalité de l’autodéfense d’une part et des attaques fascistes d’autre part montre que la bourgeoisie fait bloc. La définition de la violence comme monopole de l’État ressurgit. Une ouverture pour légitimer que la France « est en guerre » contre l’Iran.
La normalisation du discours génocidaire dans les médias et la complicité de la France dans le projet sioniste ont encouragé l’installation de l’extrême droite. Il est question de préparer la population au consentement de l’économie de guerre, rendre les corps dociles, sur fond d’armement assumé des massacres en Palestine. Cibler les personnes arabo-musulmanes et banaliser la misogynoire.
Les féministes n’ont pas de mal à se reconnaître dans la patience des peuples debout sur plusieurs générations, issues elles-mêmes d’une continuité de combats multiformes. La transmission des savoirs et l’autonomie de notre sécurité font partie de nos habitudes.
Nous, féministes, afro-féministes, militant•es LGBTQIA+, antiracistes, enfantistes et révolutionnaires, alertons. La guerre — au sens large — est un système de domination où l’ennemi choisi par les États profite aussi au contrôle national de la population. De la répression de l’ennemi intérieur au retour d’une « guerre juste » menée à l’extérieur, le continuum colonial et réactionnaire tente d’étouffer nos organisations. Il est plus que jamais nécessaire de lier les luttes décoloniales qui ont animé la rue pendant deux ans et les luttes territoriales contre l’austérité au profit de l’armée afin de faire front contre le fascisme !
Partout en Europe, face au capitalisme en crise qui fait l’éloge de la guerre, des résistances existent.
Il n’y a pas de « guerre juste » pour conquérir les corps et les territoires !
Car le capitalisme a besoin de la guerre. De détruire et de reconstruire. L’austérité accompagne des attaques sans précédent. Fermer des plannings familiaux, réduire les droits des personnes trans, désengager la France du Fonds mondial de lutte contre le sida, multiplier les lois islamophobes… pendant que des nazis défilent à Lyon, ville alliée de Pierre-Édouard Sterin. Et dans l’oreille, Fabien Mandon, chef d’état-major, invite le peuple à accepter « de perdre nos enfants », quand l’Europe se réarme à la hauteur de 800 milliards d’euros, suivant l’intimidation des États-Unis.
En France, le budget de l’armée dépasse celui de l’éducation. Partout émergent des « classes défense », des guides patriotiques, l’armée en échange de points sur Parcoursup. Demain, les enfants issu•es des quartiers populaires ou racisé•es seront les plus touché•es. Aujourd’hui, celles et ceux debout contre l’injustice se confrontent à la loi Yadan, accusant d’antisémitisme le mouvement antisioniste.
Car la France continue d’armer des génocides tout en chantant le retour d’une guerre justifiable. Alors que les entreprises d’armement sont partenaires des universités, le matériel français tue dans le Sud global, les dits « outre-mers », les quartiers populaires et les frontières. L’embargo vers Israël n’a pas eu lieu. Et lorsque le Rojava résiste face aux milices djihadistes, ce sont 620 millions d’euros qui sont offerts par l’UE au régime central syrien.
Quant aux femmes iranien•nes, on ne les libère pas avec des bombes. Il nous faut refuser toute intervention militaire, empêcher les sanctions qui étouffent le peuple. Ce sont toujours les femmes et minorités de genre qui paient le prix fort, ravagé•es avec leurs terres par le feu, l’intelligence artificielle ou la famine. Un système contre-révolutionnaire qui tue nos habitudes politiques et fait de nous des bénévoles de l’urgence humanitaire.
Autodéfense féministe et populaire, contre la guerre !
L’outil féministe est au service de l’insurrection populaire. Comme en Iran et en Palestine, les femmes et minorités de genre luttent contre l’invisibilisation de leurs frères dits « barbares » ou l’occupant. Alors renouons avec l’expérience, avec la lutte de Greenham Common en Angleterre, avec les grèves d’ouvrières. Et désertons, comme les juifves antisionistes. Fuyons la « Plantation-Monde » qui cible nos quartiers et nous épuise. Par le mawonaj, nos mémoires font barrage à leur politique de mort. Face au réarmement, nous choisissons la défection : déjà dans la forêt, nous cultivons le soin et les habitudes de la marge en rupture. Notre féminisme afroqueer et décolonial refuse l’offre de l’« égalité » dans la destruction et toute place à la table de la guerre.
Partout, des actions et des grèves nous inspirent. Des lycéen•nes et des salarié•es de France Travail luttent contre la présence de l’armée, les travailleurs de Roissy et du Havre dénoncent des cargaisons d’armes. Un renouveau antimilitariste bouscule l’Europe : des grèves suivies en Belgique et en Suisse. En Allemagne, 50 000 étudiant•es marchent contre le service obligatoire. En Italie, les luttes sociales et celles contre l’armement du génocide convergent et débordent ; alors qu’en France la massification reste timide, gênée par les accointances politiques.
Ici, il nous faut résister à l’instrumentalisation de nos luttes. Dénoncer le « réarmement démographique » et les féminicides, imaginer la reconversion des usines de la mort, faire front contre les lignes fémonationalistes pendant le 8 mars et refuser les agressions impérialistes. Ne laissons pas les opposants dicter le rythme de la lutte. Alors que les libéraux et socialistes se rangent du côté du gouvernement, nous alertons : la répression est aujourd’hui contre le camp social et le camp de la paix.
Nos corps ne seront pas leur champ de bataille ! Non à la guerre !
Tribune collective lancée par :
- Boussole Féministe,
- Relève Féministe,
- #NousTouStes93 antiraciste
- AfroQueer Revolution-R
- KESSEM juives féministes Décoloniales
Collectifs signataires :
- 1001 Queer
- #NousToutes
- Coalition Guerre à La Guerre
- Collage Féministe Indépedant
- Collage Féministe Stains
- Collectif Vietnam Dioxine
- ÉCLAT
- Féministes Pour Jina, Paris
- Féministes révolté.x.e.s
- Féministes Révolutionnaires
- Intifada France
- Label Gouine*
- Les Gouineuses
- Les invert.i.e.s
- Les Mariannes Anonymes
- Les Tatas Colleuses
- Les Vagabombes
- LIÉ·E·S
- Lignes de Crêtes
- Khlass Les Clichés
- MARAD Suisse
- Mouvement des mères Isolées
- Marseille 8 Mars,
- Racisme Invisible
- Révolution Féministe Versailles
- Solidaires Etudiant·e·s 34
- StopArmingIsrael 13
- Thousands Madleens To Gaza France
- Tsedek !
- Union Pour La Palestine Marseille
- Young Struggle France
- ZORA Paris
Signataires individuelles :
- Mimi AUM NEKO, Acceptess-T
- Hugo AMOUR, Artiste
- Samir BENYOUCEF, humoriste
- Sandrine COQUERIE, militante féministe
- Jean-Christophe DARDART, psychologue
- Marie COQUILLE-CHAMBEL, Doctorante
- Cécile CÉE, artiste enfantiste
- Mona CHOLLET, Autrice
- Colette DROGOZ, LFI
- Frédéric ESPI, militant
- GEMELLI, LFI
- Mylène JUSTE, Collectif des Femmes de Strasbourg Saint Denis
- Mélissa LAVEAUX, autrice interprète
- Maya LAVAULT, enseignante chercheuse
- Anna MARGEURITAT, journaliste
- Florence MENDEZ, comédienne
- Amine MESSAL, La Voie est Libre
- Missy NESS, DJ
- Paloma Pavan Nūnes, psychologue
- OSMOSE,
- Jamal OUAZZANI, Jins Podcast
- Mazmour RHIZLANE, MMI
- David SHARIATY, militant
- Juliette TODISCO, Macho Boulot Dodo
- Khadija TOUFIK, Journaliste Indépendante
- SOA DE MUSE, Artiste
- Jessica SUZES, Embrase Le Monde
- David, militant
- Emma, StopArmingIsrael France
- Léger, éducatrice
- Naïla, Collectif 10 septembre
- Nicole, retraitée
Des contributions pour alimenter le débat, au sein de la gauche ou plus largement, et pour donner de l’écho à des mobilisations. Ces textes ne reflètent pas nécessairement la position de la rédaction.
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