Nicolas Lebourg : « Perpignan est un laboratoire social pour le Rassemblement national »

À l’approche des municipales, l’historien Nicolas Lebourg revient, avec deux confrères chercheurs, sur l’exemple de Perpignan, et analyse comment Louis Aliot a tiré parti des dynamiques sociales et territoriales de la ville pour en faire un laboratoire du populisme français.

Juliette Heinzlef  • 6 mars 2026 abonné·es
Nicolas Lebourg : « Perpignan est un laboratoire social pour le Rassemblement national »
Louis Aliot lors d'un meeting de campagne à Perpignan, le 28 février 2026.
© Ed JONES / AFP

Perpignan, déclassement et droitisation (Trabucaire) pourrait être un livre au titre trompeur, tant son contenu dépasse la simple étude de cas consacrée à cette ville des Pyrénées-Orientales. Trois chercheurs perpignanais – Nicolas Lebourg, historien spécialiste des extrêmes droites, Dominique Sistach, juriste et sociologue, et David Giband, géographe et professeur des universités en urbanisme – croisent leurs disciplines pour établir un diagnostic complet de la ville conquise par le Rassemblement national (RN) en 2020.

En retraçant la socio-histoire de Perpignan depuis la fin de la Première Guerre mondiale, les auteurs montrent ainsi que la victoire de Louis Aliot, premier vice-président du parti à la flamme, devenu maire en 2020, relève moins d’un événement que de l’aboutissement d’un processus politique et social de droitisation.

Comment le phénomène de déclassement prépare-t-il l’hégémonie du populisme à Perpignan ?

Nicolas Lebourg : Il existe d’abord un lien documenté entre inégalités socio-économiques et droitisation électorale. Le politiste Joël Gombin a ainsi étudié comment l’évolution du coefficient de Gini, mesurant l’inégalité dans la distribution des ressources, accompagne souvent la progression du vote en faveur du Front national.

Perpignan figure parmi les villes les plus pauvres de France pour les communes de plus de 100 000 habitants : au début des années 1970, le revenu moyen local était proche de la moyenne nationale (101 contre 100), aujourd’hui il est d’environ 70. Depuis l’élection de Paul Alduy en 1959 [qui resta maire jusqu’en 1993, NDLR], ce déclassement a transformé le marché politique local au profit de l’extrême droite. La migration d’anciens colistiers de Jean-Marc Pujol [Les Républicains, maire de Perpignan de 2009 à 2020, NDLR] vers Aliot montre que le FN est devenu un point de ralliement pour certaines élites locales souhaitant préserver leur position dans un système en transformation.

Vous dites qu’Aliot « a reçu la ville » plus qu’il ne « l’a conquise ». Y a-t-il un conditionnement préalable du territoire ?

À l’échelle législative, on observe dans de nombreux territoires français que les situations d’enclavement favorisent la progression du vote pour le Rassemblement national. Perpignan correspond à cette configuration. L’enclavement entraîne un déclassement territorial ressenti, étroitement lié au déclassement individuel. On retrouve un phénomène similaire en ex-Allemagne de l’Est : les scores élevés de l’extrême droite reflètent la confusion entre déclassement personnel et sentiment de déclin national.

Dans quelle mesure Perpignan est-elle un « laboratoire

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