Iran : les objectifs véritables de Netanyahou
Les crimes de guerre commis par Israël et les États-Unis en Iran et au Liban rappellent de plus en plus Gaza.
dans l’hebdo N° 1905 Acheter ce numéro

© Jack GUEZ / AFP
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« La société iranienne ne peut pas renverser le régime sous les bombes israélo-américaines » VIDÉO – Crimes de guerre : pourquoi personne n’est jugé ? Crimes de guerre : « Israël justifie n’importe quel bombardement par le concept de nécessité militaire » Écolières tuées en Iran : de nouveaux éléments resserrent l’étau sur les États-UnisDepuis dix jours, la télévision nous sature d’images qui suscitent l’effroi, ou peut-être, hélas, la fascination. Combien d’avions de chasse avons-nous vus catapultés depuis le pont de l’Abraham Lincoln ? Combien de panaches de fumée noire au-dessus de Téhéran et de Beyrouth ? Et de récits admiratifs de la traque du guide suprême par l’œil orwellien du Mossad ajustant la mire ? De tout cela nous sommes gavés. Dire que les questions de fond sont esquivées serait mentir, mais elles n’ont dans le programme télévisé ni le même statut ni le même horaire. La guerre reste un spectacle. Cette question, par exemple, à peine effleurée : pourquoi l’offensive israélo-américaine maintenant ? Depuis la guerre d’Irak de 2003 et l’imposture de « l’arme de destruction massive », on pouvait penser que la vérité avait fait quelques progrès.
Donald Trump lui-même s’était vanté au mois de juin d’avoir détruit le potentiel nucléaire iranien.
Force est de constater qu’il n’en est rien. Le mensonge est aussi énorme aujourd’hui. Tous les experts le disent : l’Iran était loin de disposer de l’arme atomique. D’ailleurs, Donald Trump lui-même s’était vanté au mois de juin d’avoir détruit le potentiel nucléaire iranien. Alors, la question demeure sans réponse. En vérité, Américains et Israéliens en proposent plusieurs, successives et contradictoires. On hésite à Washington entre changer le guide suprême (version vénézuélienne) ou abattre le régime. Du côté israélien, on ne fait pas mystère d’opter pour la solution la plus extrême. Pour Benyamin Netanyahou, c’est la République islamique tout entière qu’il faut éliminer, et à n’importe quel prix pour les civils iraniens et libanais. Sa promesse de démocratie faite aux Iraniens met au minimum mal à l’aise de la part de l’homme qui vient de massacrer 70 000 Palestiniens.
Si l’on oublie le mot « démocratie » qu’on devrait lui interdire de prononcer, c’est pourtant du côté du premier ministre israélien qu’il faut chercher un semblant de vérité. On a compris en quelques jours que c’est lui qui avait imposé sa guerre à Donald Trump, lequel n’a que des coups à prendre, alors que sa base électorale Maga est en train de se déchirer entre les nostalgiques d’une Amérique gendarme du monde et les non-interventionnistes. Et alors que l’économie mondiale est ébranlée. Netanyahou, lui, poursuit un seul objectif : éliminer tout ce qui peut faire obstacle à son ambition coloniale, en Cisjordanie, et au-delà. Alors pourquoi maintenant ? Parce que Gaza a été anéanti et que le Hezbollah, toujours stupidement provocateur, est affaibli.
L’exploitation des valeurs juives au profit d’un objectif colonial sordide est un crime dans le crime.
Il restait à circonvenir l’idiot utile Donald Trump, appâté avec la perspective d’une élimination spectaculaire du guide suprême. Et c’est ici que l’histoire du sionisme resurgit. En Israël aujourd’hui, la Bible est omniprésente dans le discours officiel. Cette guerre a été rebaptisée « guerre de Pourim » parce qu’elle correspond à la fête juive que l’on célébrait ces jours-ci. La tentation était forte d’évoquer cet épisode du récit biblique, selon lequel les Perses, cinq siècles avant notre ère, auraient voulu exterminer les Judéens. La confusion entre l’histoire la plus actuelle et la Bible est la caractéristique du sionisme de droite. Dans la légende, le « méchant Haman », premier ministre de l’empire perse, est finalement vaincu et pendu.
Les médias israéliens raffolent de cette superposition. On se déguise en mollah à la télévision. On célèbre joyeusement les bombes israéliennes sur Téhéran comme on fête Pourim. Le Hamas, le Hezbollah, Khamenei père et fils, et le Perse imaginaire Haman se mêlent dans un grand fatras idéologique qui autorise tous les crimes. La haine est à son comble. « Tout le monde est devenu fou dans ce pays », commente le toujours admirable Gideon Levy dans Haaretz, le 5 mars. L’exploitation des valeurs juives au profit d’un objectif colonial sordide est un crime dans le crime. L’objectif est terrible. Les moyens ne peuvent que l’être tout autant.
Il serait grand temps que les gouvernements européens se libèrent de leur soumission au gouvernement israélien.
Après le bombardement d’une école de jeunes filles par l’aviation américaine dans le sud de l’Iran, c’est l’aviation israélienne qui, le 8 mars, a bombardé des dépôts de carburant propageant des particules toxiques sur toute la capitale, puis détruit un purificateur d’eau. Ces crimes de guerre rappellent Gaza. De même, le déplacement forcé de centaines de milliers de Libanais. Le ministre israélien Bezalel Smotrich l’a dit : le Sud-Liban va subir le sort de Khan Younes, rayé de la carte de Gaza. Il serait grand temps que les gouvernements européens se libèrent de leur soumission au gouvernement israélien d’extrême droite. Seule l’Espagne de Pedro Sanchez fait acte de lucidité et de courage.
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