Némésis et les guet-apens néonazis : mais où est donc passée l’info de L’Huma dans les médias ?

L’Huma a révélé la proposition du groupe fémonationaliste au groupuscule « nationaliste révolutionnaire » Audace Lyon de servir d’appât dans leurs projets d’agressions de militants de gauche à Lyon. Cette enquête, bien que reprise par BFM, n’a pas dévié la presse dominante dans sa condamnation unanime de la mouvance antifa.

Pauline Bock  • 3 mars 2026
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Némésis et les guet-apens néonazis : mais où est donc passée l’info de L’Huma dans les médias ?
© Maxime Sirvins

Le 22 février, L’Humanité a publié une enquête titrée « Dans les conversations secrètes entre Némésis et des néonazis pour agresser des militants de gauche à Lyon ». Dix jours après la mort de Quentin Deranque à Lyon, qui a mené à une guerre médiatique des mots et des images, le journal révélait que, dans des échanges internes datant de l’automne 2025, « les fémonationalistes [de Némésis] et d’autres groupuscules d’extrême droite planifiaient, en toute décontraction, de véritables traquenards visant à attirer les militants antifascistes dans des guets-apens ».

Soit… une situation extrêmement similaire à celle qui a mené à la mort du jeune Lyonnais d’extrême droite. « On peut être deux, trois filles à tracter là où vous voulez les choper, un peu pour faire l’appât », écrit la responsable de Némésis Lyon, Ornella, à Calixte Guy, le chef du groupuscule « nationaliste révolutionnaire » Audace Lyon, dans cette boucle Telegram dont L’Huma révèle l’existence.

Sur le même sujet : « Sous couvert de féminisme, Némésis ne scande que des slogans xénophobes »

« Rien d’extraordinaire, peut-être, sur le moment mais, en creux, tout le mal de cette banalité, avec la routinière coproduction d’un traquenard par Némésis et des néofascistes », écrit Thomas Lemahieu, le journaliste de L’Humanité. Cette conversation, poursuit-il, « éclaire d’une lumière crue tout ce que les narrations fabriquées à l’extrême droite ont jusqu’ici pu occulter depuis la mort de Quentin Deranque, le 14 février ».

Même lorsqu’un « grand média » comme BFM vient confirmer les infos révélées la veille, cela ne provoque pas de raz-de-marée médiatique.

Ces révélations n’ont pas eu l’impact médiatique qu’elles méritaient. Il y a bien eu quelques reprises du HuffPost, de Libération et de Mediapart, ainsi que dans certains titres de presse quotidienne régionale, mais c’est à peu près tout. Le lendemain, un article de BFM confirmait les informations de L’Humanité. Pourtant, même lorsqu’un « grand média » comme BFM vient confirmer les infos révélées la veille, cela ne provoque pas de raz-de-marée médiatique. BFM confirme pourtant l’échange de « l’appât ».

Où sont les éditorialistes ?

« Les faits n’ont rien à voir », a clamé le collectif Némésis dans un communiqué le 24 février, accusant L’Humanité de « manipulation médiatique grossière ». « Il est parfaitement mensonger et diffamatoire de nous imputer une “routinière cofabrication” de “guets-apens” avec des “néonazis”, comme l’écrit L’Humanité », poursuit le texte. « Des poursuites pénales seront engagées contre ceux qui affirmeront le contraire. » Le communiqué ne menace que L’Humanité (en le qualifiant de « journal à la longue tradition de propagande communiste »). Pas BFM, qui a pourtant les mêmes infos.

Sur le même sujet : Némésis : la dissolution nécessaire que personne ne mentionne

Ce ne sont pas nos révélations qui sont une “menace”, ce sont les méthodes employées par ce collectif.

F. Gay

Fabien Gay, le directeur de L’Humanité, a répliqué le lendemain dans un communiqué, en demandant « au ministre de l’Intérieur de prendre ses responsabilités et de dissoudre Némésis » : « Némésis cherche à inverser la culpabilité. Ce ne sont pas nos révélations qui sont une “menace”, ce sont les méthodes employées par ce collectif, appelant à la violence organisée et préméditée. » Il n’y a que Le Média ou LCP pour organiser des débats en plateau se demandant s’il faut dissoudre le collectif fémonationaliste (1).

1

Politis a publié pour sa part un texte pour appeler à la dissolution de cette organisation d’extrême droite.

Où est donc l’indignation des éditorialistes lorsque deux médias – que tout ou presque oppose par ailleurs – prouvent que le collectif qui a crié au meurtre politique discute depuis des mois de servir « d’appât » pour qu’un groupuscule d’ultradroite puisse « choper » des gauchistes ? Deux poids deux mesures, vous dites ?

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