Orbán, Poutine, Trump : trois défaites d’un coup 

Le proche avenir dira si l’élection hongroise annonce un coup de frein historique à l’avancée des extrêmes droites.

Denis Sieffert  • 13 avril 2026
Partager :
Orbán, Poutine, Trump : trois défaites d’un coup 
L'ex Premier ministre hongrois Viktor Orbán s'adresse à ses partisans au centre Balna à Budapest, lors des élections législatives en Hongrie, le 12 avril 2026.
© Attila KISBENEDEK / AFP

Ses amis s’appellent Poutine, Netanyahou, Trump. Certes, Viktor Orbán n’a pas comme eux du sang sur les mains. Il n’a pas massacré les Ukrainiens, les Palestiniens, les Libanais, les Iraniens, mais il occupait jusqu’à ce 12 avril une place centrale dans la stratégie des autocrates et autres dictateurs qui ont en commun de détester l’Europe et d’en vouloir la perte.

C’est que, depuis seize ans, Orban plastronnait au sein de l’Union européenne (UE), qu’il minait de l’intérieur. Il est celui dont le ministre des Affaires étrangères renseignait son alter ego russe, Sergueï Lavrov, en direct, pendant les réunions de Bruxelles, comme l’a révélé récemment le Washington Post. Il est celui à qui Netanyahou rendait chaleureusement visite, l’un et l’autre aussi sionistes qu’antisémites. Il est celui que le vice-président américain, J. D. Vance, procureur haineux de l’Europe, est venu soutenir à quelques jours du scrutin.

Sur le même sujet : Guerres israélo-américaines : le doute et le risque

C’est dire que ces élections législatives hongroises étaient un enjeu bien au-delà des frontières hostiles de ce pays de dix millions d’habitants. C’est dire encore combien la défaite d’Orbán est celle de ces grands criminels de guerre qui mettent à feu et à sang l’Europe de l’Est et le Moyen-Orient. Elle est aussi celle de toutes les extrêmes droites européennes. Marine Le Pen n’a d’ailleurs pas hésité à rendre un vibrant hommage au vaincu, qui, a-t-elle dit, « a défendu avec courage et détermination la liberté et la souveraineté de la Hongrie », donnant au passage une définition singulière de la liberté, et montrant à son insu que la souveraineté n’est pas une vertu cardinale de la démocratie.

L’ampleur de la victoire du parti de Péter Magyar autorise à tirer quelques leçons essentielles. En l’assurant d’une majorité des deux tiers des députés, les Hongrois ont voté clairement pour ­l’Europe. Avec Magyar, la Hongrie cessera de bloquer le prêt de 90 milliards à Kyiv et de fantasmer une menace ukrainienne qui a été au cœur de la campagne d’Orbán.

Il faut dire que Péter Magyar est solidement arrimé à la droite européenne, conservatrice sur le plan des mœurs et hostile à l’immigration.

Mais les Hongrois ont surtout voté à partir de préoccupations sociales dans un pays qui connaît une inflation de 40 %, une dégradation des services publics sur fond de corruption massive (la plus importante de l’UE, selon l’ONG Transparency International). Le vote de dimanche traduit aussi une révolte contre les atteintes aux libertés, le monopole de l’information et la marche accélérée vers une « poutinisation » de la société. Pas plus que les Ukrainiens, les Hongrois ne veulent du modèle russe. Sans parler d’une mémoire historique douloureuse, soixante-dix ans après l’écrasement du soulèvement de Budapest par les chars soviétiques.

L’Europe a donc tout lieu de se réjouir de la chute de Viktor Orbán, qui avait transformé la Hongrie en cheval de Troie de la Russie. Budapest devrait renouer avec les principes démocratiques de multilatéralisme et de droit international que, non sans contradictions, l’Union européenne défend encore, un peu seule dans le monde.

Mais ne rêvons pas. Si ces élections constituent une défaite des extrêmes droites, il faut dire que Péter Magyar est solidement arrimé à la droite européenne, conservatrice sur le plan des mœurs et hostile à l’immigration. Si on voulait se risquer à une comparaison, on dirait que le scrutin de dimanche, c’est un peu Édouard Philippe vainqueur de Jordan Bardella.

L’Union européenne n’est pas innocente de ses propres malheurs. Elle s’affaiblit chaque fois qu’elle manque aux principes qu’elle prétend incarner. Voir l’impunité dont elle assure obstinément l’extrême droite israélienne. Et Orbán n’est pas venu de nulle part. Comme Giorgia Meloni, comme le Brexit au Royaume-Uni, comme les percées de Vox en Espagne et de l’AfD en Allemagne, il est le produit des politiques libérales.

Sur le même sujet : Basta Meloni ! Le post-fascisme en disgrâce

Comment ne pas voir aussi que l’UE est victime de sa faiblesse institutionnelle ? Le système de l’unanimité rend l’Union vulnérable à d’autres frondeurs populistes du type Orbán. Sans imaginer le saut vertigineux que serait un système fédéral, l’Europe devra immanquablement évoluer vers plus de transferts de souveraineté, et limiter le recours à la règle de l’unanimité Mais, dans les circonstances actuelles, la défaite d’Orbán est bonne à prendre.

Que Trump vienne à perdre les midterms en novembre, comme le prédisent les sondages, et que Netanyahou se rapproche de la case prison après les législatives d’octobre en Israël, et on pourra dire que l’élection hongroise de ce 12 avril 2026 aura été un moment de bascule historique. Le contexte international de notre présidentielle de l’an prochain pourrait même s’en trouver changé.

Recevez Politis chez vous chaque semaine !
Abonnez-vous

Une analyse au cordeau, et toujours pédagogique, des grandes questions internationales et politiques qui font l’actualité.

Temps de lecture : 4 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don