Le changement climatique n’est pas la faute des journalistes météo
Les cartes météo de France entièrement rouges lors de l’alerte canicule de mai sont inacceptables pour une frange de la population, persuadée que le changement climatique n’existe pas. Il est sidérant que des journalistes et des médias soient critiqués et menacés pour avoir souligné l’exceptionnalité d’une telle situation climatique.
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Nous sommes seulement en mai, et la France entière suffoque. Pour la première fois de son histoire, Météo France a déclenché, le 21 mai, une alerte canicule avant le mois de juin. Forcément, les bulletins météo en parlent ; forcément, la chaleur étant largement au-dessus des normales de saison, les cartes de France sont rouge vif, voire rouge foncé pour le Sud et les métropoles où la température est la plus élevée. « Nous basculons dans l’inconnu, météorologiquement parlant », a déclaré le journaliste météo Sébastien Thomas de France TV, le 22 mai.
Si on remplaçait, cette couleur rouge par du bleu, il est évident que les températures baisseraient immédiatement.
K. Boury
Et apparemment, ces cartes de France entièrement rouges sont inacceptables pour une frange de la population qui – malgré la fréquence d’événements climatiques extrêmes, canicules, inondations, tempêtes et incendies dévastateurs – demeure persuadée que le changement climatique n’existe pas. Des journalistes météo, de différentes chaînes, ont été insultés sur les réseaux sociaux par des internautes climatosceptiques, mécontents… que les cartes soient trop rouges. Les journalistes relayant les informations de Météo France sont ainsi accusés d’« exagérer » la gravité de l’épisode caniculaire que subit la France, alors même qu’il suffit de mettre le nez dehors pour constater la chaleur.
La SDJ de BFMTV a dû publier un communiqué pour dénoncer « des menaces et insultes particulièrement intolérables » et apporter son soutien aux journalistes concernés. L’un d’eux, Kévin Boury, a choisi de répondre aux climatosceptiques en direct, le matin du 26 mai. « Pour les cartes de température, c’est déjà du rouge, du très, très rouge ce matin et cet après-midi », a-t-il annoncé dans le premier bulletin de la journée, en ajoutant ironiquement : « D’ailleurs, si on remplaçait, cette couleur rouge par du bleu, il est évident que les températures baisseraient immédiatement. »
Expliquant « dire ça avec une pointe d’humour », Kévin Boury a poursuivi : « Voilà maintenant plus de 24-48 heures qu’on reçoit sur les réseaux sociaux des messages d’insultes, de menaces, parce que le rouge est indiqué sur les cartes météo de BFMTV. » Dans son communiqué, la SDJ de BFMTV a rappelé que « le choix de couleur des cartes se fait en fonction des normales de saison, fixées par Météo France, et basées sur des faits scientifiques faisant consensus » : « Actuellement, les températures sont de 15 à 17 degrés supérieures à ces normales, d’où le choix éditorial de mettre ces cartes en rouge pour marquer cette différence et l’anormalité de la situation. »
Ces insultes envers les journalistes météo doivent être prises au sérieux.
Défiance envers les médias
Il est sidérant que BFMTV, comme n’importe quel autre média, soit critiqué pour avoir souligné l’exceptionnalité d’une telle situation climatique, c’est-à-dire faire son devoir d’information, là où d’autres chaînes en continu diffusent des propos niant l’aspect systémique du changement climatique. Ces températures ne sont pas un « coup de chaud », comme l’a déclaré Pascal Praud sur CNews, mais bien une situation alarmante car inédite. Sans une prise de conscience et une mobilisation générale, ce qui passe notamment par des cartes médiatiques rouge vif, les records de chaleur de mai 2026 ne demeureront pas « records » bien longtemps.
Ces insultes envers les journalistes météo doivent être prises au sérieux. Elles indiquent, bien sûr, que la défiance envers les médias n’a jamais été si aussi élevée, mais cristallisent aussi les enjeux politiques à venir. « Le climat va percuter la campagne présidentielle. Ce sont des choix structurels qu’il va falloir prendre (sic) », a analysé le journaliste météo de France TV Sébastien Thomas auprès de Marianne, qui lui consacre un intéressant portrait. On compte sur France TV et BFM pour appliquer leurs propres conseils très bientôt, et faire du changement climatique un sujet clé de leur couverture de la campagne présidentielle qui s’ouvre.
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