Canicule : politiser la colère
Les canicules et les incendies de l’été 2026 le disent : nous vivons – et vivrons – des catastrophes et drames écologiques profonds, pas une crise climatique passagère. Mais si nombre de médias et gouvernants préfèrent l’ignorer, ces événements ne doivent pas nous paralyser.
dans l’hebdo N° 1930 Acheter ce numéro

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« L’État nous ignore » : surexploités cet été, les pompiers volontaires oubliés à la rentrée Canicule, incendies, sécheresse : les médias jouent toujours avec le feu « Qui aurait pu prédire ? » : parmi toutes les mesures écocides de Macron, en voici six majeuresCet été, une photo prise en Gironde a fait le tour du monde. On y voit un couple de vacanciers de dos, installés sur le sable dans leurs transats rayés et sous leur parasol Pastis 51. Face à eux, le lac de Lacanau, et à l’horizon un gigantesque panache de fumée noire s’élevant dans un ciel aux couleurs apocalyptiques. C’était le 26 juillet, un incendie avait déjà calciné plus de 40 000 hectares dans le département. On peut y voir de la passivité, de la résignation ou un manque de conscience écologique face à la catastrophe. Étrangement, ce cliché ne m’a pas mise en colère car ce couple n’est pas responsable de ce monde qui bascule.
Ceux qui ont alimenté ma colère et mon indignation devraient être les premiers à s’alerter et à s’engager du bon côté.
Ceux qui ont alimenté ma colère et mon indignation devraient être les premiers à s’alerter et à s’engager du bon côté. D’abord dans la sphère médiatique – puisque j’en fais partie. Beaucoup ont fait un travail de terrain et de pensée précieux. Mais il y a quand même eu cette soif du clic focalisée sur la climatisation comme solution ou faisant la chasse aux pyromanes, sans établir le lien avec le changement climatique. Il y a eu aussi la stigmatisation de celles et ceux qui vivent sous les toits lors de la canicule de juin par un présentateur à côté de la plaque, prônant le « droit aux vannes, mêmes ratées ».
Sans oublier l’indécence de RMC et de BFMTV, qui ont invité des scientifiques de renom, en l’occurrence l’hydrologue Emma Haziza et le climatologue Christophe Cassou, pour les offrir comme cibles à leurs chroniqueurs déconnectés et maltraiter les faits scientifiques. J’espérais naïvement que ces médias, qui tournent en boucle des journées entières dans les foyers, prendraient enfin la mesure de leur responsabilité.
Quelle normalité ?
Sans surprise, le gouvernement n’a pas été à la hauteur, même dans ce qu’il croit maîtriser : la communication. Le 23 juillet, une campagne « Comment gérer l’éco-anxiété ? » nous assurait que « ressentir des émotions face à la crise climatique est normal ». Merci, ça va mieux ! Même élan de confiance chez Emmanuel Macron, qui a osé déclarer : « Nous nous sommes adaptés au réchauffement climatique. Mais on ne s’adapte pas à un pic [de chaleur] qui n’a jamais eu d’équivalent dans notre histoire. » Alors, à quoi sert le plan Adaptation climat présenté il y a un an ?
Ces canicules sont politiques, tout comme notre peur, notre éco-anxiété ou notre colère.
Quant au Premier ministre, il a promis de sortir « l’artillerie lourde » pour reconstruire les villages du Sud-Ouest réduits en cendres et a prôné un « retour à la normale ». Sans aucune mention du changement climatique. De quelle normalité parle-t-il ?
Cet été 2026 nous a donné un avant-goût désagréable de l’effet domino qui nous attend : des fruits et légumes grillés sur pieds, des générations d’arbres et de plantes perdues, des maraîchers touchés par les incendies, puis des coulées de boue engloutissant leurs dernières cultures, des sapeurs-pompiers prenant conscience du manque de soutien de l’État, le secteur de l’événementiel estival au pied du mur, des centrales nucléaires à l’arrêt à cause des fleuves asséchés, le traumatisme des personnes qui ont vu leurs proches mourir… Cet été 2026 doit aussi abolir les frontières des réalités climatiques, car les incendies mortels en Algérie ou la catastrophe au Népal – du fait de l’effondrement d’un glacier – ne doivent pas être passés sous silence.
Nous vivons – et vivrons – des catastrophes et drames écologiques profonds, pas une crise climatique passagère. Ces canicules sont politiques, tout comme notre peur, notre éco-anxiété ou notre colère. Mais celles-ci ne doivent ni nous paralyser ni nous inciter au repli sur soi. Aucune étude ne démontre les liens entre catastrophes climatiques et prise de conscience écologique. Mais penser que cet été sera un pilier de la lutte contre l’amnésie collective à quelques mois d’une élection présidentielle cruciale est ma façon de ne pas céder au fatalisme qui nous guette toutes et tous.
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