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La mort d’Onfray

Le philosophe Michel Onfray, auteur prolifique et inventeur de la piposophie, est mort ce matin d’une attaque cérébrale dans sa résidence de Varengeville, dans l’Edrom (Espace de développement régional Ouest-Manche, ex-Normandie). Élevé dans un milieu provincial peu favorisé, il rompit le sort en étudiant la philosophie, tout en rejoignant la mouvance libertaire des années 1980. Il fondait au cours des années 1990 la future Université MOI de Caen (pour Michel Onfray International), longtemps appelée Université populaire avant de devenir au début des années 2010 le fer de lance du MELEV.sdnm, le Mouvement européen de libération des énergies de vie sans Dieu ni Maître. Une université devenue diplômante après avoir obtenu le soutien à parité de l’État et du groupe L’Oréal (on dit que le philosophe aurait d’abord refusé le mécénat de Total, à cause, confiait-il, d’un « vieux contentieux avec Hegel » ). Au tournant du siècle, il commit quelques essais à succès prônant un athéisme radical et un épicurisme intelligent. Mais ces injonctions audacieuses à se libérer de Dieu et des carcans moraux ne posaient encore que les jalons d’une œuvre plus ambitieuse, qui révéla bientôt au grand public les supercheries dont est faite l’histoire de la pensée, de la science et des arts.

C’est en mettant les impasses de la psychanalyse (thérapie logocentriste élitiste inventée en Autriche, 1910-2015) sur le compte des petitesses de son fondateur viennois, Sigmund Freud
– mandarin de l’analyse et réactionnaire antisémite –, que le courageux Onfray accéda pour de bon à la gloire ( le Crépuscule d’une idole. L’affabulation freudienne, Grasset, 2010). Là où les nostalgiques du vieux monde l’accusèrent d’avoir inventé une « police politique »
de la pensée, il bouleversa surtout les hiérarchies iniques imposées au fil du second millénaire dans l’ordre des savoirs, à mesure qu’il débusquait les impostures des supposés « génies » de la culture occidentale (terme popularisé au XVIIIe siècle, désignant un leader d’opinion programmé pour influencer la postérité). Après Freud, il porta l’estocade contre le maître de la philosophie moderne, le philosophe prussien Georg Wilhelm Friedrich Hegel, dévoilant son ignoble pulsion totalisante et sa collaboration avec l’empire napoléonien (l a Chute de la maison Hegel. Le dialecticien qui regardait l’empereur passer sous ses fenêtres, Warner Books, 2015). Il explora ensuite la physique moderne et les représentations du monde qu’elle imposa au XXe siècle, traçant un parallèle décisif entre la vie d’Albert Einstein et sa théorie des espaces-temps, et plus précisément entre ambiguïté sexuelle et relativité physique ( Einstein et à vapeur. Les motifs sexuels cachés de la relativité, Presses populaires de Pékin, 2018). Mais le plus osé restait à venir.

Alors que le père du marxisme connaissait un retour de flamme dans le monde économique dévasté des années 2020, Onfray divulguait, grâce à des archives inédites et à un zeste de behaviorisme, les connexions profondes entre le matérialisme historique et la personnalité caractérielle de Karl Marx ( Marx attacks. Portrait du penseur révolutionnaire en roquet, Europe 4.0, 2022). En passe d’être reléguée au musée, la littérature se croyait à l’abri, mais elle reçut trois ans plus tard le coup de grâce en la personne de son plus célèbre représentant français, Marcel Proust : abordant la mondanité comme un pourrissement bourgeois de l’esprit libre, et son grand œuvre lui-même ( À la recherche du temps perdu, 15 millions de signes en première édition) comme le compost de cette putréfaction, Onfray mit à nu cette œuvre dont les lecteurs avaient confondu un siècle durant l’absolument mondain et l’absolu littéraire ( l’Imposteur de salon : Proust écrivain mondain, Éditions du Temps neuf, 2024). Mais c’est surtout avec Shakespeare qu’il renvoya à leurs contradictions cinq siècles de littérature, démasquant l’homme du compromis monarchique derrière l’auteur d’ Hamlet et du Roi Lear (la Reine et son bouffon. Shakespeare génie du monarchisme, World.txt, 2027).

L’apothéose d’un tel parcours, double bombe et véritable testament salué par des millions de lecteurs, consista en une prise en tenailles de l’histoire de la pensée, pour en démonter l’alpha et l’omega, la scène inaugurale et le feu d’artifice final : Platon et Deleuze, noms aujourd’hui oubliés. Onfray fit du philosophe grec le premier plagiaire de l’histoire, pour avoir bâti sur les mots de Socrate une réputation cruellement usurpée (la Parole confisquée. Comment Platon a pillé Socrate, La Pensée épanouie 3.0, 2029). Et il fit de Gilles Deleuze le héraut du dernier conservatisme français, celui des « devenirs » et des « lignes de fuite », vieilles lunes que l’écologie citoyenne et la bio-gestion eurent vite fait de renvoyer aux oubliettes ( la France du rhizome et du Minitel. Essai sur le conservatisme de Deleuze, World.txt, 2031). Pareil déblayage, au nom du peuple des usagers et des vertus du polemos, fit naturellement ressortir son auteur en ultime recours : Onfray était le philosophe qui les remplacerait tous.
Au panthéon des penseurs français, il se substitua vite aux quelques noms qui avaient tenté d’y accéder pendant la période de transition (Bernard-Henri Lévy ou Alain Finkielkraut). Comme il le dit lui-même en recevant le Trickster Prize pour l’ensemble de son œuvre (2030): « Le monde est divisé désormais en ennemis de Michel Onfray et en usagers épanouis des quelques concepts qu’ils pourront y glaner. » Une modestie franche, bien dans l’esprit de cet intellectuel total.

Un dernier mot à propos de Michel : on ferait bien de parler enfin d’autre chose.


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