Le Dictateur, film actuel
Le critique Jean Narboni dévoile dans « Pourquoi les coiffeurs ? » ce qui fait du film de Chaplin
un chef-d’œuvre d’aujourd’hui.
dans l’hebdo N° 1109 Acheter ce numéro

Politis : Comment en êtes-vous arrivé à l’idée qu’un nouveau livre sur le Dictateur était nécessaire ?
Jean Narboni I Quand le film est ressorti il y a quelques années, je suis allé le revoir. Je croyais le connaître assez bien, et j’ai eu le sentiment de le découvrir. Deux choses m’ont frappé. La première, c’est que toutes les scènes, et pas seulement les plus célèbres – avec la mappemonde, l’avion à l’envers… –, ont été travaillées avec une minutie extraordinaire, dans l’invention des gestes, dans le choix du moindre objet… Tout participe à la force du film. Deuxièmement, il m’est apparu que le film aujourd’hui est encore plus fort qu’auparavant. Non pas malgré ce que Chaplin ne pouvait prévoir en 1939 quand il l’a tourné, mais à cause de ce qu’il ne pouvait prévoir. À sa sortie, en 1940 aux États-Unis, l’aspect comique devait être déterminant. Mais les horreurs qui ont eu lieu ensuite ont donné au Dictateur une autre dimension, entre le rire, la peur et la méchanceté. Voilà ce qui m’a poussé à écrire ce livre.
Le Dictateur* résonne fortement avec notre époque. Vous avez écrit, comme le précise le sous-titre, des « notes actuelles »…**Oui, par exemple, il y a ces questions : peut-on rire de tout ? Le rire est-il en soi subversif au point d’affaiblir des dictateurs ou des totalitarismes ? Évidemment, cela résonne avec le problème des humoristes d’aujourd’hui ou, avant eux, avec ce que pouvait faire un Desproges. Le Dictateur pose pleinement ces questions. À l’époque, le film a été l’objet de controverses sur ce point. Le philosophe Theodor Adorno, par exemple, trouvait que le rire n’était pas une bonne arme de guerre, parce qu’il était souvent le rire d’un groupe contre un bouc émissaire, et qu’il se terminait souvent par une
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