À flux détendu

Christophe Kantcheff  • 4 novembre 2011
Partager :

On est loin de la rentrée littéraire, très loin. Et plus loin encore des prix qui animent les turfistes (je lis dans Livres Hebdo de la semaine dernière : « Qui aura le Goncourt ? Les critiques parient sur Jenni » , cf. page suivante). Je souhaite pourtant parler d’un livre, mais il n’est ni un roman ni un récit. Chaque page – il y en a une quarantaine – porte un texte différent. Six à dix lignes (ou « vers », car l’enjeu, ici, est poétique) par page.

La caractéristique de ce livre, c’est qu’en prélude de chaque texte, tout en haut, il y a une syllabe. Qui change le sens si on la lit ou pas avant chaque vers. Exemple : page 18, « Per » est en haut de page. Le vers suivant peut se lire comme ceci : « version originale aux sous-titres inutiles »  ; ou, donc, comme cela : « Per version originale aux sous-titres inutiles » . Autre exemple, page 34, « Trou » surplombe. Ce qui donne : « sœurs de jupon à ses heures et dessous », ou « Trou sœurs de jupon à ses heures et dessous » .

Jeux de mots ? Oui, mais justement. Voilà un livre qui, à la syllabe près, amène à se poser deux questions essentielles : Comment dois-je lire ? Que suis-je en train de lire ? Et qui n’est pas pur formalisme : en fonction de ce que le lecteur décide, et selon la phrase qui se forme, une couleur, un sentiment, un sourire s’impriment en lui.

Même en automne, la littérature ne se réduit pas à une rentrée et à des prix. Elle est aussi là, et peut-être plus encore, dans ces entreprises souterraines, ludiques et sérieuses.

Ce livre a un auteur, Bruno Fern , et un titre, Des figures . Il est publié aux éditions de l’Attente. En voici l’adresse, au cas, surprenant, où vous ne le trouveriez pas en librairie :
249, rue Sainte-Catherine,
33000 Bordeaux. Son prix, modique, est de 8 euros.
Bonne lecture.

Culture
Temps de lecture : 2 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Mélissa Laveaux : « Mon travail a toujours été de faire entendre la voix des personnes invisibilisées »
Entretien 22 juillet 2026 abonné·es

Mélissa Laveaux : « Mon travail a toujours été de faire entendre la voix des personnes invisibilisées »

Depuis des années, la chanteuse franco-canadienne ne cesse de dynamiter la scène musicale, entre célébration de la mémoire et mise en lumière de figures queers et féministes oubliées. Politis est allé à la rencontre d’une artiste hors normes, qui a partagé en mars dernier son cinquième album.
Par Bérénice Paul
« Mens Alors ! » : un plateau très relevé
Festival 22 juillet 2026 abonné·es

« Mens Alors ! » : un plateau très relevé

Pluridisciplinaire, avec un axe principal autour des musiques en liberté, le festival isérois itinérant Mens Alors ! invite à vivre des expériences artistiques singulières dans des cadres inhabituels. Petit survol de la 22e édition, résolument ouverte sur le monde.
Par Jérôme Provençal
Festival d’Avignon : solitudes coréennes
Festival 17 juillet 2026 abonné·es

Festival d’Avignon : solitudes coréennes

Le Festival d’Avignon a mis en avant un riche paysage théâtral méconnu en France, travaillé par l’isolement contemporain et la mémoire des traumatismes passés.
Par Anaïs Heluin
Le Festival d’Avignon regarde le Mal en face
Théâtre 17 juillet 2026 abonné·es

Le Festival d’Avignon regarde le Mal en face

À l’ample et profond Maldoror de Julien Gosselin, qui a ouvert la 80e édition du festival dans la cour d’honneur du palais des Papes, s’ajoutent plusieurs spectacles qui prennent à bras-le-corps la question de la violence et de la souffrance.
Par Anaïs Heluin