Le Festival d’Avignon regarde le Mal en face
À l’ample et profond Maldoror de Julien Gosselin, qui a ouvert la 80e édition du festival dans la cour d’honneur du palais des Papes, s’ajoutent plusieurs spectacles qui prennent à bras-le-corps la question de la violence et de la souffrance.
dans l’hebdo N° 1923 Acheter ce numéro

C’est sur une promesse non tenue ou presque que s’est ouverte la 80e édition du Festival d’Avignon. Grand habitué de l’événement, qui lui a permis de faire irruption dans le paysage du théâtre français en 2013 avec Les Particules élémentaires, adapté du roman de Michel Houellebecq, le metteur en scène et directeur de l’Odéon-Théâtre de l’Europe Julien Gosselin faisait miroiter avec Maldoror une plongée dans l’écriture sulfureuse d’Isidore Ducasse, plus connu sous le nom de Lautréamont (1846-1870).
Or, projetée sur un écran géant fixé sur le mur de la cour d’honneur du palais des Papes, la citation des premières lignes du Chant de Maldoror qui introduit le spectacle, d’une durée cinq heures trente, est l’une des rares manifestations de cette œuvre traversée par toutes les violences imaginables. Les contrées dans lesquelles nous entraînent l’artiste et sa très vaste équipe ne sont toutefois guère moins malsaines. Julien Gosselin revient plutôt à Roberto Bolaño (1953-2003), dont il adaptait déjà il y a dix ans l’ample 2666, et offre une plongée passionnante dans le Mal autant que dans les mécanismes de son propre théâtre.
Cette traversée labyrinthique au cœur d’un fascisme dont le spectre menace aujourd’hui nos sociétés ébranle, jusqu’à l’épuisement.
S’il joue avec l’horizon d’attente du spectateur en matière de littérature, Gosselin se rend d’emblée reconnaissable
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