Néonicotinoïdes : À quoi sert Barbara Pompili ?

Le gouvernement ne semble pas pressé d’interdire les pesticides tueurs d’abeille. C’était bien la peine de créer un secrétariat d’État chargé de la biodiversité et d’y nommer une écologiste.

Léa Esmery  • 16 mars 2016
Partager :
Néonicotinoïdes : À quoi sert Barbara Pompili ?
© Crédit photo: CITIZENSIDE/YANN KORBI / CITIZENSIDE

Après être passée entre les mains des sénateurs, le projet de loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages est discuté du 15 au 17 mars à l’Assemblée nationale. Un monstre de soixante-douze articles porté par la nouvelle secrétaire d’État chargée de la biodiversité, Barbara Pompili, qui, même s’il comporte des avancées significatives, reste encore bien timorée quant à l’interdiction des néonicotinoïdes.

Si la secrétaire d’État a eu à cœur de rappeler devant les députés présents le 15 mars que ce projet de loi devait « tout faire pour éviter les atteintes à la biodiversité », les tergiversations du gouvernement sur l’interdiction des néonicotinoïdes conduisent à s’interroger sur l’intérêt de sa fonction et de sa nomination. Et ce d’autant plus que le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, a incité les députés, dans une lettre, à ne pas voter l’interdiction de ces insecticides tueurs d’abeilles. Le ministre met en avant l’absence d’alternatives tangibles aux néonicotinoïdes ce qui risque de « pénaliser les producteurs ».

Derrière cette mesure plane l’ombre du lobby de l’agrochimie, le tout sur fond de crise du modèle agricole français. Une aubaine pour Stéphane Le Foll qui s’il affirme n’avoir « aucun intérêt chez les grands producteurs de néonicotinoïdes » dit vouloir surtout éviter les « distorsions entre les agriculteurs français et le reste des agriculteurs européens ». Si le sujet divise, peu sont ceux qui semblent pleinement conscients de son ampleur, et de son urgence.

« Un nouvel élan » ?

Ségolène Royal, Marisol Touraine et Stéphane Le Foll ont commandé il y a quelques mois un rapport à l’ANSES – l’Agence nationale de sécurité alimentaire, de l’alimentation, de l’environnement et du travail –, autorité scientifique compétente, rapport dont les conclusions ont été publiées en janvier. Celles-ci confirment la pertinence du moratoire européen sur l’utilisation de trois types de néonicotinoïdes et soulèvent la question de l’usage intensif des néonicotinoïdes en général et de la pratique des semences de céréales d’hiver enrobées.
Suite à ce rapport, le Sénat a adopté lors de l’examen du projet de loi sur la biodiversité un amendement qui prévoit la publication d’un arrêté du ministère de l’agriculture pour préciser les conditions d’usage des néonicotinoïdes encore autorisés afin qu’ils ne causent pas de dommage à l’environnement ou à la santé des agriculteurs. Votre commission du développement durable a adopté, la semaine dernière, une position plus radicale ; vous et vos collègues allez en débattre dans les heures qui viennent en séance publique. Je souhaite que ce débat soit serein et constructif et que vos travaux permettent de concrétiser de la meilleure des manières les recommandations de l’ANSES.

L’interdiction des produits néonicotinoïdes avait été votée en première lecture à l’Assemblée en mars 2015, et ce contre l’avis du gouvernement. Le Sénat l’avait retiré en janvier, ne prévoyant qu’un simple encadrement de leurs usages. Ce sont finalement les députés de la commission du développement durable et de l’aménagement du territoire qui ont pris la décision de réintégrer l’interdiction dans le projet de loi, et ce contre l’avis du gouvernement et de la rapporteure du texte, Geneviève Gaillard.

Cette dernière a d’ailleurs dit lors de la première journée d’examen de la loi à l’Assemblée nationale que l’« étalement des travaux parlementaires, qui bat sûrement des records, me fait quelquefois douter de la sincérité des engagements des uns et des autres », avant de louer le fait que « nous disposons désormais d’une secrétaire d’État dédiée à la biodiversité, ce qui ne peut que nous réjouir et nous faire espérer des avancées notables, ainsi qu’un nouvel élan ».

Un nouvel élan, vraiment ? Car non contente d’être torpillée en plein examen du texte par son collègue du ministère de l’Agriculture, Barbara Pompili a d’elle-même éludé la question de ces pesticides hautement toxiques dès l’ouverture de la séance du 15 mars, lors des questions au gouvernement. À Laurence Abeilles, député écologiste, qui lui demandait de clarifier une fois pour toute la position du gouvernement sur l’interdiction de ces pesticides, la secrétaire d’État a botté en touche, tout en laissant penser qu’elle n’était pas opposé à ce que la réglementation de leur usage soit arrêté par le… ministère de l’agriculture:

Cette désertion du terrain sur lequel se joue l’interdiction des néonicotinoïdes fait craindre le pire. Ces pesticides hautement toxiques qui sont responsables de la disparition des abeilles mais aussi de bon nombre d’êtres vivants, sont aussi impliqués dans la contamination des eaux douces, des sols et des sédiments. Dangereux pour la santé humaine, leur efficacité est de plus extrêmement limitée puisque seulement 2% à 20% du produit atteint sa cible. Sous couvert de ne pas déclencher l’ire des agriculteurs, le gouvernement, et sa secrétaire d’État chargée de la biodiversité au premier chef, semblent avoir abandonné la perspective d’un changement de paradigme respectueux de la biodiversité.

Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

À Béziers, comment Robert Ménard a fait « péter le plafond de verre » des idées d’extrême droite 
Enquête 6 mars 2026 abonné·es

À Béziers, comment Robert Ménard a fait « péter le plafond de verre » des idées d’extrême droite 

Rues débaptisées, affiches à la gloire des armes de la police… Depuis 2014, le maire sature l’espace public de messages agressifs pour diffuser l’idéologie d’extrême droite. Un combat culturel, qui s’accompagne d’un mépris de la loi et de tentatives de silenciation des voix dissonantes.
Par Pauline Migevant
Nicolas Lebourg : « Perpignan est un laboratoire social pour le Rassemblement national »
Entretien 6 mars 2026 abonné·es

Nicolas Lebourg : « Perpignan est un laboratoire social pour le Rassemblement national »

À l’approche des municipales, l’historien Nicolas Lebourg revient, avec deux confrères chercheurs, sur l’exemple de Perpignan et analyse comment Louis Aliot a tiré parti des dynamiques sociales et territoriales de la ville pour en faire un laboratoire du populisme français.
Par Juliette Heinzlef
Comment le Rassemblement national voit dans les municipales un tremplin présidentiel
Enquête 6 mars 2026

Comment le Rassemblement national voit dans les municipales un tremplin présidentiel

Un nombre de candidatures record, des troupes entièrement mobilisées, des victoires envisageables dans plusieurs départements… Marine Le Pen, Jordan Bardella et leurs troupes jouent gros dans le scrutin de 2026.
Par Alix Garcia
Le grand effacement de la Macronie aux municipales
Infographie 5 mars 2026 abonné·es

Le grand effacement de la Macronie aux municipales

Après les échecs répétés dans les urnes lors des élections européennes et législatives, le parti présidentiel Renaissance, a adopté une nouvelle stratégie : disparaître pour se fondre dans des alliances. Retour en chiffres sur cette disparition.
Par Pierre Jequier-Zalc et Basile Roth