Dissidences syndicales à la manif du 12 septembre

Si le gros des cortèges était composé de la CGT et de Solidaires, certaines fédérations et syndicats FO, CFE-CGC, CFTC et même CFDT affichaient une présence parfois modeste mais déterminée. À l’encontre des directives confédérales.

Olivier Doubre  • 13 septembre 2017
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Dissidences syndicales à la manif du 12 septembre
© Photos : Michel Soudais

Personne ne m’empêchera de descendre dans la rue ! » C’est la volonté claire de cette syndicaliste de Force ouvrière (FO), membre de l’union départementale de Paris. Derrière elle, les salariés FO mobilisés reprennent le slogan : « La loi Macron, c’est la loi des patrons ! Retrait… Retrait des ordonnances ! » Membres des fédérations des Transports et de la Logistique, de l’Environnement, des Services et de l’Équipement, des cheminots ou du Syndicat national des collèges et des lycées, ces militants de FO ne tiennent pas tellement à s’exprimer sur la position de leur confédération, en particulier celle du secrétaire général Jean-Claude Mailly. 

Ils préfèrent retenir celle de la commission exécutive confédérale qui, par 28 voix contre 5, s’est selon eux déclarée contre les ordonnances. « C’est la démocratie syndicale qui s’est prononcée », poursuit la militante. 

Aujourd’hui, on est dans la suite logique de la mobilisation contre la loi El Khomri. Les instances de Force ouvrière ont discuté démocratiquement et la commission exécutive s’est prononcée à une majorité écrasante. On est donc là, dans la rue, contre cette attaque sans précédent à l’encontre de la protection sociale et de la représentation syndicale dans les entreprises.

Même si les militants FO sont assez nombreux, force est de reconnaître toutefois, pour la militante, que « la position de Jean-Claude Mailly a rendu difficile la mobilisation dans nos rangs »…

Là où il n’est pas facile habituellement de mobiliser – et encore moins dans la culture de manifester –, c’est chez les cadres de la modérée CFE-CGC. Et pourtant, ils sont une bonne centaine, voire davantage, au départ de la manifestation parisienne, sur les marches de l’opéra Bastille, chasubles et casquettes blanches aux couleurs de l’organisation. Patron de la fédération Commerces et Services, René Roche n’hésite pas à parler de « grand succès, malgré la difficulté à mobiliser ». Le cadre syndicaliste reconnaît qu’il est assez rare à la CGC de manifester, mais il « se sent parfaitement libre de venir à cette manifestation car ces ordonnances sont une attaque grave contre le syndicalisme, notamment par la fusion probable des institutions représentatives du personnel ».

© Politis

S’ils ont opté pour un rassemblement statique au début de la manif, René Roche rappelle que « chaque fédération est libre de décider de son mode d’action, et que si la confédération n’a pas appelé à la mobilisation, sept fédérations de cadres CGC sont présentes ici : outre la mienne du Commerce et des Services, il y a la Culture et la Communication, les électriciens et gaziers, la Chimie, la Construction, la Restauration et l’Informatique ». Et le dirigeant syndical de prévenir que « rien n’est exclu pour la suite, puisqu’on pourrait bien participer à la mobilisation du 21, car les cadres se sentent aussi attaqués par ces ordonnances que les autres salariés. En plus, reconnaît-il en souriant, nous avons déjà eu un différend sérieux avec monsieur Macron qui a autorisé le travail le dimanche, ce qui a impacté fortement les cadres dans notre secteur… »

En moindre nombre, mais également sans l’accord de la confédération, quelques militants CFTC se font reconnaître à leurs couleurs bleues. À part quelques salariés d’Air France, ce sont là encore des militants de la fédération Commerce et Services, accompagnés par des membres de la fédération Professions juridiques. Clairement opposés aux ordonnances, ils sont d’ailleurs assez remontés contre la position de leur confédération. Ainsi Éric Mamou, délégué syndical central du BHV, explique : 

La direction confédérale a dit que la concertation avait permis d’éviter les premiers projets du gouvernement “qui étaient pires”. Mais faire dans le moins-disant syndical n’est en aucun cas la voie à suivre. On ne milite pas pour cela. On a déjà pris cher avec la loi El Khomri, c’est encore plus dur avec ces ordonnances, et c’est pour cela qu’on va défiler jusqu’à la place d’Italie avec toutes les autres organisations syndicales présentes !

© Politis

Beaucoup plus visible, les fédérations de la Métallurgie, de la Culture et de la Communication et des syndicats du secteur des services de la CFDT se sont mobilisés, assez nombreux. Camions avec gros ballons gonflables, banderoles, drapeaux orange occupent une large partie de la fin du cortège. Gaëtan, représentant syndical dans le secteur culturel, était déjà sceptique quant à l’attitude de son syndicat sur la loi El Khomri. « Cette fois, c’est trop ! Le contenu de ces ordonnances mène à une vraie destruction des droits des salariés, sans aucune contrepartie. Il peut parfois y avoir des clauses défavorables au salarié dans un contrat de travail, mais dans ce cas-là on met en place ou on renforce des contre-pouvoirs. Ces ordonnances n’en proposent aucun. On les a lues, on a informé les salariés et une belle majorité dans mon syndicat a décidé qu’il fallait aller manifester. Alors on est là et on sera là la prochaine fois ! » Il semble donc bien que de nombreux militants des syndicats dits réformistes ne se satisfassent pas des positions nationales de leurs organisations. Et comptent bien continuer à le dire en se mobilisant le 21 septembre.

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