Mayotte : Le gouvernement sourd et muet

Lundi 12 mars, la ministre d’outre-mer, Annick Girardin, s’est enfin rendue sur l’île, après trois semaines de mobilisation.

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Il aura fallu trois semaines de mobilisation pour que le gouvernement daigne tourner son regard vers Mayotte. Lundi 12 mars, la ministre d’outre-mer, Annick Girardin, s’est enfin rendue sur l’île, mais, son incompréhension (ou son aveuglement) l’empêche de saisir vraiment la situation du 101e département de France et donc d’établir un dialogue avec les Mahorais. « J’arrive avec la main tendue et cette main restera tendue tant que cela est possible », avait-elle annoncé avant son départ. « Qu’est-ce que cela signifie ?, s’interrogeait l’eurodéputé France insoumise Younous Ormarjee. L’État a des devoirs. La France n’est pas à la hauteur de Mayotte. »

La situation semble être devenue catastrophique sur l’île, voisine de Madagascar. L’insécurité fait partie du quotidien des habitants : violences dans les établissements scolaires, comme au lycée professionnel de Mamoudzou le 19 février dernier. Mais aussi les coupeurs de routes, quelque 3 000 adolescents isolés, qui rackettent et volent les gens dans ce qui apparaît comme une délinquance de survie. Cela dans un contexte où l’immigration clandestine, notamment des Comores, est d’autant plus forte qu’elle est mal gérée par les pouvoirs publics. Et comment ignorer les liens entre insécurité physique et insécurité sociale ? Alors que le taux de chômage plafonne à 26 % sur l’île (contre 9 % en métropole), 84 % de la population vit sous le seuil de pauvreté.

S’ajoute à cela la saturation des services publics : le centre hospitalier a alerté sur sa situation « extrêmement préoccupante », et constate que « les patients n’arrivent plus à accéder aux structures de soins publiques ou privées ». « Liberté Égalité Sécurité », proclament les banderoles des manifestants, qui ont voté pour avoir la nationalité française mais voient l’État tourner le dos à ses obligations. Devant les élus, la ministre a énuméré ses annonces : augmentation des effectifs de sécurité, plan de lutte sur terre comme sur mer contre l’immigration clandestine, une aide financière pour la prévention de la délinquance à hauteur de 330 000 euros… « Une mascarade », ont fustigé l’intersyndicale et le collectif à l’initiative de la mobilisation. Ceux-ci, qui avaient refusé la rencontre avec Annick Girardin, critiquent des « sous-mesures prises dans l’urgence qui ne résoudront rien sur le long terme », selon les mots de leur porte-parole Maoulida Momed. Ils avaient donc appelé à une manifestation massive mardi 13 mars, acceptant cette fois de rencontrer la ministre dans l’après-midi. Non sans la mettre en garde : « On est là pour crier notre colère. À partir d’aujourd’hui, nous allons défier le gouvernement », scandaient les manifestants dans les rues de Mamoudzou.


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