La macronie sacrifie les chômeurs

La nouvelle réforme fait porter aux plus précaires la responsabilité des dysfonctionnements du marché du travail. Une politique moralement et financièrement contestable.

Erwan Manac'h  • 19 juin 2019 abonné·es
La macronie sacrifie les chômeurs
© crédit photo : Lucas BARIOULET / AFP

La CFDT « abasourdie par une réforme profondément injuste », la CGT « extrêmement en colère »… À midi, ce 18 juin, l’amertume défile dans la cour de l’hôtel Matignon. Au même instant, quelques marches plus haut, le Premier ministre et la ministre du Travail égrènent les mesures d’économie (3,4 milliards au total), sans laisser aux partenaires sociaux la politesse des premières réactions devant les journalistes. Pour la première fois depuis presque quarante ans, l’État réforme seul l’assurance-chômage. Et selon les premiers calculs de coin de table des syndicats, ce sont 300 000 chômeurs, parmi les plus pauvres qui perdront le droit à une indemnisation. « Cette politique vise deux choses : forcer les gens à accepter des emplois précaires et les dissuader de s’inscrire à Pôle emploi pour faire baisser les chiffres du chômage », s’indigne Jean-Christophe Sarrot, membre d’ATD Quart Monde.

L’argumentaire déployé pour justifier ce durcissement des règles s’appuie sur une lecture malhonnête des chiffres. La ministre du Travail, Muriel Pénicaud, épaulée dans sa croisade par Pôle emploi, a répété qu’on pouvait gagner plus au chômage qu’en travaillant. Pour produire cet artifice, le gouvernement a dû comparer des salariés à temps partiel avec des salariés collectionnant des contrats courts. À durée de cotisation égale, les deux exemples ont des droits similaires, mais les salariés enchaînant les CDD percevront une indemnité plus élevée mais plus courte dans le temps. C’est le résultat d’un mode de calcul imaginé pour compenser une précarisation accrue du travail.

À lire aussi >> Quand la précarité devient la norme

Le gouvernement s’indigne également que, lorsqu’un salarié qui

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