Solidarité avec Exárcheia écrasé

Dès son retour au pouvoir, la droite grecque a exprimé sa volonté de réprimer tout lieu de contestation politique. Et le quartier d’Exárcheia, au cœur d’Athènes, la démange.

Olivier Doubre  • 28 août 2019
Partager :
Solidarité avec Exárcheia écrasé
© Lors d'une opération de police pour évacuer un squat de migrants dans le quartier d'Exárcheia, le 26 août.ANGELOS TZORTZINIS / AFP

Au cœur d’Athènes, le quartier d’Exárcheia est unique en Europe. Symbole de la contestation depuis des décennies en Grèce, en particulier durant la dictature « des colonels » (1967-1974), ce quartier à deux pas du centre et de l’université concentrent des dizaines de lieux autogérés, dont une bonne vingtaine accueillent des familles de migrants. Il est fréquenté pour ses nombreuses librairies, maisons d’édition et cafés alternatifs. Partout dans le quartier, les murs des immeubles, occupés ou non, sont recouverts d’immenses fresques militantes multicolores, d’innombrables affiches et de graffitis. La vie de ce quartier rebelle a été admirablement filmée par le réalisateur franco-grec Yannis Youlountas, dont tous les documentaires, notamment le plus récent, L’Amour et la révolution (2018), sont en accès libre sur Internet.

Les bâtiments souvent communiquent par les toits, permettant de multiples voies de fuite en cas d’arrivée de la police. Depuis longtemps, Exárcheia est un point de crispation politique dans la ville. Même si elles s’y aventurent rarement, les forces de l’ordre ceinturent en permanence son petit périmètre. Car c’est aussi une zone de repli après les manifestations ou affrontements urbains.

Dès son retour au pouvoir le 7 juillet, la droite grecque a clairement exprimé sa volonté de réprimer tout lieu de contestation politique. Exárcheia la démange : depuis 2017, Kyriákos Mitsotákis, désormais Premier ministre, promet de « nettoyer Exárcheia ». Ce lundi 26 août donc, vers 6 heures du matin, d’importantes forces de police, d’unités anti-émeutes et antiterroristes, de voltigeurs et même des services de renseignement, ont investi et occupé militairement le quartier. Quatre squats ont été expulsés, puis scellés. 140 personnes interpellées. De nombreuses familles de migrants, dont des enfants en bas âge, ont été chargées dans des bus vers des camps d’internement, qui ont sinistre réputation en Grèce.

Même si Tsípras était déjà largement déconsidéré dans l’opinion publique grecque, sa défaite électorale a été bien accueillie sinon encouragée par les élites européennes, quand bien même la droite est largement responsable de la crise qui sinistre la Grèce depuis dix ans. Pour ces puissances du libéralisme et de l’autoritarisme, les voix dissonantes s’élevant depuis Exárcheia sont à faire taire. Pour des raisons d’image, pour ne pas entacher son début de règne par un déchaînement de violences policières, il est probable que Mitsotákis appliquera sa répression sur un rythme progressif. Mais le signal est donné : la droite règne à Athènes. Solidarité avec Exárcheia !

Publié dans
Parti pris

L’actualité vous fait parfois enrager ? Nous aussi. Ce parti pris de la rédaction délaisse la neutralité journalistique pour le vitriol. Et parfois pour l’éloge et l’espoir. C’est juste plus rare.

Temps de lecture : 2 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

La fin de vie n’est pas une affaire privée
Parti pris 11 mai 2026

La fin de vie n’est pas une affaire privée

Alors que le projet de loi sur la fin de vie revient au Sénat, la gauche se retrouve face à ses propres contradictions. Peut-elle défendre l’aide à mourir au nom de la seule liberté individuelle alors qu’elle combat partout ailleurs cette fiction libérale du choix autonome ?
Par Pierre Jacquemain
Des hymnes à Pétain aux néonazis dans la rue : le long week-end de la honte
Parti pris 11 mai 2026

Des hymnes à Pétain aux néonazis dans la rue : le long week-end de la honte

Toute la fin de la semaine, le Rassemblement national et les groupuscules d’extrême droite ont donné à voir leur réécriture dangereuse et génocidaire de l’histoire. Dans leurs villes ou dans la rue, leur haine explicite n’a fait que souligner la compromission des autorités.
Par Olivier Doubre
« Faites mieux », qu’il disait !
Jean-Luc Mélenchon 4 mai 2026

« Faites mieux », qu’il disait !

La nouvelle candidature de Jean-Luc Mélenchon pour 2027 agit comme un électrochoc à gauche : entre promesse de renouvellement trahie, fracture stratégique persistante et incapacité à construire une méthode démocratique commune, c’est toute une génération politique qui se retrouve sommée de « faire mieux », sans qu’on lui en donne les moyens.
Par Pierre Jacquemain
Comment l’extrême droite veut discipliner l’audiovisuel public avant de le privatiser
Parti-pris 27 avril 2026

Comment l’extrême droite veut discipliner l’audiovisuel public avant de le privatiser

Derrière les discours de rigueur et de neutralité, le rapport porté par Charles Alloncle esquisse bien davantage qu’une réforme technique : une remise en cause profonde du pluralisme médiatique.
Par Pierre Jacquemain