L’islamophobie est un racisme

La longue histoire, née à l’époque coloniale, des rapports de la France à l’islam s’est très tôt focalisée sur ce voile porté par les femmes musulmanes.

Olivier Doubre  • 6 novembre 2019
Partager :
L’islamophobie est un racisme
© Benjamin Mengelle/AFP

Il y a trente ans, alors que la France « découvrait », avec l’affaire des lycéennes voilées de Creil, un étrange et nouveau « problème » en son sein, celui du foulard porté par certaines femmes musulmanes, qualifié tout de suite d’« islamique », Pierre Bourdieu s’interrogeait sur cet incident, dans un article au titre révélateur, « Un problème peut en cacher un autre » (1). Il écrivait alors : « La question patente – faut-il ou non accepter à l’école le port du voile dit islamique ? – occulte la question latente – faut-il ou non accepter en France les immigrés d’origine nord-africaine ? » La longue histoire, née à l’époque coloniale, des rapports de la France à l’islam, mais aussi de la domination des mœurs et notamment des corps « indigènes », s’est très tôt focalisée sur ce voile porté par les femmes musulmanes, comme le rappelle Hourya Bentouhami.

À LIRE > Hourya Bentouhami : « Ces polémiques alimentent un racisme »

Depuis, l’instrumentalisation ou plutôt le dévoiement de la laïcité dans le débat public masque (mal) une véritable islamophobie, quand celle-ci n’est pas clairement assumée à l’extrême droite, allant parfois jusqu’à contaminer une certaine « gauche ».

À LIRE > Les deux laïcités de la gauche

Ils permettent surtout de perpétrer cette volonté de domination, désormais post-coloniale, s’exprimant de plus en plus librement sous forme de propos, voire d’actes islamophobes, comme c’est arrivé tout récemment à Bayonne, et s’autorisant des velléités discriminatoires. Ce qui, appelons les choses par leur nom, s’appellent du racisme.

À LIRE aussi > Télévision : Faut-il y aller ?

(1) Repris dans ses Interventions 1961-2001 : science sociale et action politique, éd. Agone, 2002.

Société
Temps de lecture : 1 minute
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Candidats victimes de racisme : « Aux municipales, on doit souvent prouver beaucoup plus que les autres »
Enquête 3 mars 2026 abonné·es

Candidats victimes de racisme : « Aux municipales, on doit souvent prouver beaucoup plus que les autres »

Cyberharcèlement raciste, appels haineux et menaces de mort : à mesure que la campagne des municipales s’intensifie, les candidat.e.s non blancs sont pris pour cible. Des attaques qui révèlent le quotidien des candidat.e.s racisé.e.s en politique.
Par Kamélia Ouaïssa
En CRA, le double enfermement des personnes psychiatrisées
Analyse 27 février 2026 abonné·es

En CRA, le double enfermement des personnes psychiatrisées

En centre de rétention administrative, les personnes souffrant de troubles psychiatriques sont de plus en plus nombreuses. Parfois arrêtées directement à la sortie de l’hôpital psychiatrique, elles risquent, une fois en CRA, d’être placées à l’isolement. Ce qui aggrave leur santé mentale.
Par Pauline Migevant
Ahmed N. voulait « soigner sa tête » : à Calais, les exilés abandonnés face aux souffrances psychologiques
Enquête 27 février 2026

Ahmed N. voulait « soigner sa tête » : à Calais, les exilés abandonnés face aux souffrances psychologiques

Ahmed N., un exilé érythréen souffrant de troubles psychologiques, est mort sur un parking près de Calais en mai dernier. Malgré les alertes, les associatifs ont fait face à de nombreux dysfonctionnements venant de l’hôpital de Calais concernant sa prise en charge.
Par Maël Galisson
Minute de silence pour Quentin Deranque : « Une ligne rouge a été franchie »
Polémique 25 février 2026 abonné·es

Minute de silence pour Quentin Deranque : « Une ligne rouge a été franchie »

Offusqué·es par la minute de silence observée à l’Assemblée nationale pour Quentin Deranque, y compris à gauche, plusieurs citoyen·nes ont écrit à leur député·e pour l’interpeller.
Par Pauline Migevant