« L’État doit rappeler sa place à la police »

Pour Hélène L’Heuillet, les forces de l’ordre ont perdu leur rôle d’arbitre des conflits pour devenir un « camp ».

Nadia Sweeny  • 15 juillet 2020 abonné·es
« L’État doit rappeler sa place à la police »
Le 16 mai, premier week-end de déconfinement à Paris, une manifestation interdite de gilets jaunes se tenait place de la République.
© Adnan Farzat/NurPhoto via AFP

En ces temps de débats volontiers manichéens, Hélène L’Heuillet, maîtresse de conférences en philosophie politique et éthique à la Sorbonne, auteure de Basse Politique, haute police. Une approche historique et philosophique de la police (1), revient sur la place essentielle que doit garder la police : celle de tiers institutionnel.

Comment analysez-vous la crise actuelle avec la police ?

Hélène L’Heuillet : C’est l’idée de tiers institutionnel qui est en crise aujourd’hui. La police doit être un arbitre qui s’interpose entre les parties qui s’affrontent dans la société. 

Or aujourd’hui, dans le débat commun, la police est devenue un camp : il faut être pour ou contre. 

Non seulement ça ne rime à rien, mais c’est très dangereux. D’abord, on ne peut pas être « contre » la police. Toutes les révolutions ont commencé par instituer des polices, même la Commune de Paris a eu sa commission de la sûreté générale. La violence légitime dont la police est garante est extrêmement -importante car elle doit nous protéger de la violence illégitime : la violence privée. S’il n’y a pas de police, il y a des milices.

En revanche, on ne peut pas trouver des excuses systématiques aux comportements des policiers. Dans l’exercice de leur métier, ceux-ci doivent différencier ce qu’ils sont en tant qu’individus – et leurs éventuelles idéologies – du rôle qu’ils ont. C’est le sens propre de la laïcité : séparer le privé du public. L’État doit tenir ce discours. Or il ne le fait pas.

Cette disparition de la place de tiers est très grave, car elle institue des parties qui

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Société Police / Justice
Publié dans le dossier
Où va la police ?
Temps de lecture : 8 minutes

Pour aller plus loin…

Comment l’extrême droite manipule la science pour justifier le racisme
Racisme 16 avril 2026 abonné·es

Comment l’extrême droite manipule la science pour justifier le racisme

Malgré le consensus biologique, l’extrême droite ravive le racisme des sciences biologiques du 19e siècle qui ont justifié esclavagisme et colonisation. Cette résurgence irrigue le débat public et donne au racisme l’apparat d’un discours académique pour mieux se légitimer.
Par Juliette Heinzlef
« Qu’est-ce qu’il dit l’orang-outan ? » : Frontières visé par une plainte pour ses commentaires racistes 
Exclusif 16 avril 2026 abonné·es

« Qu’est-ce qu’il dit l’orang-outan ? » : Frontières visé par une plainte pour ses commentaires racistes 

Visé par des dizaines de commentaires le comparant à un « singe » suite à une vidéo de Frontières sur Facebook, Bouna M. a porté plainte contre le site d’extrême droite pour provocation publique à la haine et contre les auteurs des injures.
Par Hugo Boursier
Comment la loi Yadan entend « légiférer la censure » des voix pro-palestiniennes  
Analyse 15 avril 2026 abonné·es

Comment la loi Yadan entend « légiférer la censure » des voix pro-palestiniennes  

La proposition de loi Yadan, débattue ce jeudi 16 avril, suscite de vives inquiétudes en raison de son caractère jugé liberticide et son contenu flou. Avocats, associations et artistes redoutent un recul de la liberté d’expression. 
Par Kamélia Ouaïssa
« Nous utiliserons tous les moyens parlementaires pour que la loi Yadan soit rejetée »
Entretien 15 avril 2026

« Nous utiliserons tous les moyens parlementaires pour que la loi Yadan soit rejetée »

La députée LFI Gabrielle Cathala, désignée cheffe de file contre la proposition de loi de Caroline Yadan, explique comment son groupe entend combattre le texte dans l’hémicycle.
Par Hugo Boursier