Présidentielle : au Pavillon, à Saint-Denis, des habitués « contents mais pas contents »

Dans ce bar essentiellement fréquenté par des électeurs de gauche, le dénouement de cette élection n’a pas bouleversé des esprits désabusés par le premier quinquennat d’Emmanuel Macron.

Mélodie Taberlet  • 24 avril 2022
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Présidentielle : au Pavillon, à Saint-Denis, des habitués « contents mais pas contents »
© Au Pavillon, un bar à Saint-Denis où des habitués assistaient au résultat du second tour / Mélodie Taberlet

Vingt secondes. C’est le temps qu’aura duré le silence de soulagement des clients après l’affichage des résultats du second tour de l’élection présidentielle sur le grand écran. L’étage supérieur du bar Au Pavillon, son projecteur et son ambiance obscure, n’auront pas rassemblé grand monde. Contrairement à la soirée du premier tour. Une vingtaine de personnes étaient présentes. La majorité des clients ont préféré rester en terrasse et s’accorder une mince pause entre deux gorgées de bière pour regarder les résultats sur leur smartphone.

Pas de cris de joie, ni en haut, ni en bas. Pas même un « ouf » audible. Le volume de la musique n’a même pas été baissé au bar et le morceau « Tomber la chemise » étouffe la voix des présentateurs de télévision. Yvann est l’un des rares à se montrer surpris. Il s’attendait à plus d’ambiance. « C’est comme s’il ne s’était rien passé », s’étonne-t-il en regardant autour de lui.

« On a voté pour nos voisins »

C’est le cas pour Anne. Elle a monté les marches à 19h58, pour les redescendre à 20h05. Le temps de partager la nouvelle avec sa fille, Mina. « Alors, tu regrettes pas trop d’avoir voté Macron ? » lui demande-t-elle d’un ton mi-ironique, mi-désespéré. Si. Mina regrette. Le haussement d’épaules et le sourire penaud de la jeune fille le confirment. À 20 ans, celle qui votait pour sa première présidentielle a longuement hésité à glisser le bulletin Macron dans l’urne. Si elle avait su, elle se serait abstenue.

Elle n’est pas la seule à avoir adopté à reculons la même démarche. Par peur, mais aussi par solidarité. Erwan, qui a fait l’effort de s’installer à l’étage, résume l’esprit dominant : « On savait qu’en tant que Français blancs nous ne risquions pas grand-chose si Le Pen passait. Mais on vit à Saint-Denis. On a voté pour nos voisins. » Il ne se montre pas étonné par les chiffres de l’abstention, au contraire. « Ils se désintéressent de nous, nous nous désintéressons d’eux. »

Anne-Sophie, serveuse au Pavillon, reconnaît que vivre à Saint-Denis a aussi influencé son vote. « Pour moi, cette ville c’est la vraie France. Les gens viennent de tous les horizons et c’est beau. Je ne veux pas qu’on les renvoie chez eux », explique-t-elle en caressant la mascotte du bar, une chienne du nom de Tokyo. Un avis partagé par la majorité des présents, qui ont à 99% accordé leur voix à Mélenchon, Poutou et autres Roussel, assure celle qui assiste aux discussions derrière le comptoir.

© Politis

Après le soulagement, le ressentiment

Les gens sont « contents mais pas contents » dans ce « mini-village où tout le monde se connaît » d’après Anne, une habituée des lieux. Beaucoup s’attendaient à un résultat plus serré, une crainte qui a motivé leur vote. Certains s’étaient livrés au jeu des pronostics. Mais ceux qui ont remporté leur pari ne prennent pas la peine de fanfaronner. Le ressentiment envers le Président sortant reste dominant. Surtout depuis sa visite dans la ville la semaine dernière, dans le cadre de sa campagne électorale.

« Il venait soi-disant constater la détresse des habitants et l’insalubrité de leurs logements. Mais il a préféré prendre des bains de foule et visiter la mairie », se désole Anne, une cigarette dans une main, un verre de vin blanc dans l’autre. Elle rit avec amertume en se souvenant que la ville « a été miraculeusement nettoyée pour l’occasion, plus aucun vendeur à la sauvette à l’horizon ». Voilà le seul intérêt que le candidat réélu aura accordé aux banlieues depuis le début de son premier mandat d’après les personnes à sa table. « Maintenant c’est reparti pour cinq ans de casse au niveau du service public ici », se projette Erwann, enseignant dans un collège de REP+.

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Dernier espoir : les législatives

Les clients pensent déjà à l’après. Thomas, la trentaine, tente de se montrer optimiste. Il est bien le seul. « On a entendu Macron reprendre un vocabulaire qui n’est pas le sien et parler de planification écologique. Peut-être qu’il s’y tiendra cette fois… » ose-t-il penser. Ses amis pouffent à l’unisson en entendant ces mots. Il tempère aussitôt : « Ça dépendra bien sûr du gouvernement qu’il va nous pondre. »

Beaucoup préfèrent placer leurs espoirs dans les législatives à venir. « On ne peut plus compter sur les mobilisations », regrette Florent, qui refuse de descendre une énième fois dans la rue. « Il faut faire beaucoup de pédagogie autour de ces élections, les gens ne comprennent pas leur importance », soupire-t-il.

Politique
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