La répression silencieuse

De retour d’un voyage à travers le pays birman, le philosophe Jean-Louis Deotte* analyse la situation, quelques mois après le soulèvement populaire de la fin septembre contre la junte.

Jean-Louis Deotte  • 31 janvier 2008 abonné·es

À Rangoon, les signes tangibles de la répression sont rares, seuls quelques sacs de sable subsistent à certains carrefours dans le quartier des ministères. Le couvre-feu a été levé le 20 octobre et on compte désormais moins de militaires dans les villes que dans une gare parisienne. Mais la population est quadrillée par quartier, et on recense 800 000 informateurs directs ou indirects dans le pays, dont des chauffeurs de taxi. Les touristes sont rares, sauf dans la région de Bagan, où le pouvoir de séduction des 4 000 édifices religieux, stupa et temples, reste intact. Si le degré de liberté d'une société se jauge à la visibilité de ses forces de l'ordre, leur invisibilité est-t-elle la marque d'une dictature en exercice ?

Jeunes moines devant un temple à Myawadi, à la frontière avec la Thaïlande. BRONSTEIN/GETTY IMAGES Un certain nombre de régions frontalières et les zones minières restent interdites aux étrangers. De même, la zone du gazoduc exploité par Total (Kanbauk). Non parce que l'armée y pratique le travail forcé, comme on l'entend dire (Total y respecte la Charte sur les conditions de travail), mais en raison des incursions possibles des «~rebelles~» Karen et des détrousseurs Môn.

Plus au nord, sur la frontière thaïlandaise, la guerre de maquis se poursuit,

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Idées
Temps de lecture : 6 minutes

Pour aller plus loin…

À gauche, « prendre la droite au sérieux »
Essai 26 juin 2026 abonné·es

À gauche, « prendre la droite au sérieux »

Vincent Berthelier a préfacé la réédition de l’un des derniers essais d’Emmanuel Terray. Il analyse ici l’apport de cet ouvrage, sorte de taxinomie de la pensée de droite, et, à partir de celle-ci, discute de l’évolution actuelle de ce courant politique.
Par Olivier Doubre
Perpétuité, castration chimique : face aux outrances, le féminisme anticarcéral veut se faire entendre
Idées 23 juin 2026 abonné·es

Perpétuité, castration chimique : face aux outrances, le féminisme anticarcéral veut se faire entendre

Après le meurtre de la petite Lyhanna, les responsables politiques multiplient les propositions répressives. À rebours de cette surenchère pénale, le féminisme abolitionniste interroge l’efficacité de la prison et pense une justice alternative pour s’attaquer aux racines structurelles des violences.
Par Juliette Heinzlef
Marc Bloch, l’honneur du patriotisme
Hommage 22 juin 2026 abonné·es

Marc Bloch, l’honneur du patriotisme

L’historien, fusillé en 1944 par la Gestapo, fait son entrée au Panthéon ce 23 juin, avec son épouse Simonne Vidal. C’est d’abord le résistant – et surtout le patriote – de la première heure, dès 1940, que la République va célébrer.
Par Olivier Doubre
Magali Reghezza-Zitt : « L’inaction climatique revient à faire du tri entre les individus »
Entretien 22 juin 2026 abonné·es

Magali Reghezza-Zitt : « L’inaction climatique revient à faire du tri entre les individus »

La géographe montre dans son livre Bienvenue en 2055 qu’un monde neutre en carbone n’est pas une utopie et serait bénéfique à notre vie quotidienne. Toujours en s’appuyant sur des faits scientifiques et en pointant subtilement les défaillances des politiques publiques.
Par Vanina Delmas