La répression silencieuse

De retour d’un voyage à travers le pays birman, le philosophe Jean-Louis Deotte* analyse la situation, quelques mois après le soulèvement populaire de la fin septembre contre la junte.

Jean-Louis Deotte  • 31 janvier 2008 abonné·es

À Rangoon, les signes tangibles de la répression sont rares, seuls quelques sacs de sable subsistent à certains carrefours dans le quartier des ministères. Le couvre-feu a été levé le 20 octobre et on compte désormais moins de militaires dans les villes que dans une gare parisienne. Mais la population est quadrillée par quartier, et on recense 800 000 informateurs directs ou indirects dans le pays, dont des chauffeurs de taxi. Les touristes sont rares, sauf dans la région de Bagan, où le pouvoir de séduction des 4 000 édifices religieux, stupa et temples, reste intact. Si le degré de liberté d'une société se jauge à la visibilité de ses forces de l'ordre, leur invisibilité est-t-elle la marque d'une dictature en exercice ?

Jeunes moines devant un temple à Myawadi, à la frontière avec la Thaïlande. BRONSTEIN/GETTY IMAGES Un certain nombre de régions frontalières et les zones minières restent interdites aux étrangers. De même, la zone du gazoduc exploité par Total (Kanbauk). Non parce que l'armée y pratique le travail forcé, comme on l'entend dire (Total y respecte la Charte sur les conditions de travail), mais en raison des incursions possibles des «~rebelles~» Karen et des détrousseurs Môn.

Plus au nord, sur la frontière thaïlandaise, la guerre de maquis se poursuit,

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